« Cent filtres » et cent reproches

Malgré la promesse de Macron, les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat ne retrouvent pas leurs propositions dans le projet de loi Climat et résilience.

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Recalé ! Après dix-sept mois de travail, les cent cinquante membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) ont comparé leurs propositions avec celles retenues par l’exécutif dans le projet de loi Climat et résilience. La moyenne ne vole pas haut : 3,3/10. Mention « insatisfaisant ». Dans le détail, c’est tout aussi accablant : le thème « se loger » obtient 3,4/10, « produire et travailler », « se nourrir » et « se déplacer » à peine plus avec 3,7/10. Petits progrès à pointer pour les thématiques « consommer » (4/10) et « gouvernance » (4,1/10). Emmanuel Macron, qui s’autoproclamait le bon élève du climat, le « champion de la terre », descend d’un coup de son piédestal.

Des notes sanction car ces citoyennes et ces citoyens ont bûché : d’abord les fondamentaux pour comprendre le changement climatique avec les expert·es dont des scientifiques, puis la pratique en élaborant des propositions pouvant remplir la mission de diminuer d’au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 dans un esprit de justice sociale. Aucun·e n’a fait l’école buissonnière depuis leur tirage au sort, d’où un profond sentiment de trahison. La promesse du président de la République de reprendre leurs idées « sans filtre » est loin. Le crime d’écocide est requalifié en délit, et est très édulcoré, les mesures concernant les forêts sont totalement absentes du projet de loi. Sans parler du secteur aérien, défendu par des forces dépassant les bonnes volontés citoyennes, comme le révèle un récent rapport de l’Observatoire des multinationales : les talentueux lobbyistes de Monsanto sont venus à la rescousse de l’aviation !

Une session de rattrapage se profile à partir du 8 mars puisque le texte du projet de loi arrive en commission à l’Assemblée nationale.

Le Parlement sera scruté de la même façon que le gouvernement, et le risque de désillusion persiste car député·es, sénateurs et sénatrices baignent dans le même écosystème fait de lobbying, de postures politiques et de quelques vertueuses volontés. Laurence Tubiana, coprésidente du comité de gouvernance de la CCC, résume dans Ouest-France le petit espoir indélébile accroché à ce processus de démocratie participative : « La démarche a beaucoup fait parler du climat, ce qui participe à la prise de conscience du pays. Les citoyens sont parfois plus écoutés que les experts. Mais n’oublions pas qu’à chaque fois qu’on remet une échéance à plus tard, on perd un temps que l’on a plus face à la crise climatique. » La récré devrait être finie.


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