Climat : les efforts déployés restent insuffisants

Des scientifiques, découragés, estiment dans une récente étude qu'en 2030 la réduction d'émissions de CO2 sera de... 1 % au lieu des 45 % nécessaires.

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D’après une étude qui vient de paraître dans Nature climate change, important mensuel scientifique anglais, la baisse des émissions de gaz carbonique issues du recours aux énergies fossiles concerne une soixantaine de pays entre 2016 et 2020. En général, des pays pauvres. Mais il s’agit hélas, de toute façon, d’une baisse en trompe-l’œil, car pour que la diminution soit conforme aux engagements de « l’Accord de Paris », il faudrait que le taux de réduction d’émissions de CO2 soit actuellement dix fois supérieur.

La fin éventuelle de la crise sanitaire changera d’autant moins la situation que la reprise des activités industrielles, productions, consommations d’énergie, et des transports amèneront la plupart des pays, sinon tous, à oublier leurs promesses. En fait, tous les spécialistes qui guettent l’évolution du climat et ses causes multiples sont proches du désespoir. À force de répéter les mêmes chiffres et les mêmes avertissements dont les politiques ne lisent (au mieux) que les résumés.

La société politique, sourde et muette

De plus, même dans ses prévisions les plus optimistes, la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) qui organise chaque année la conférence climat et ses préparatifs, est en proie au découragement. Cet organisme remarque, en prenant aussi et notamment appui sur les chiffres du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), que la tendance actuelle et envisageable montre que d’ici à 2030, la réduction des émissions mondiales ne dépassera pas 1 % alors qu’une réduction de 45 % serait nécessaire pour viser l’objectif d’un réchauffement ne dépassant pas 1,5 °C.

En réalité, tous les éléments mesurables, comme les « accidents climatiques » (catastrophes naturelles, inondations, sécheresse, tempêtes de grêle...) mènent à des prévisions qui empirent chaque année sans que les responsables des pays industrialisés acceptent d’y prêter une attention durable.

Ce qui incite Corinne Le Quéré, climatologue et professeure de sciences du changement climatique et de la politique à l’université anglaise d'East Anglia, à expliquer que « les efforts déployés par les pays depuis les accords de Paris pour réduire les émissions commencent à porter leurs fruits mais ces actions ne sont pas encore à une échelle suffisamment importante ».

D'après les calculs et les prévisions des différents scientifiques, une relance verte est essentielle « si nous voulons lutter contre la crise climatique ». La pandémie en cours réduira certes les émissions de gaz à effet de serre de 7 % en 2021 mais ne provoquera pas de diminution durable si nous ne nous éloignons pas d’une économie basée sur les énergies fossiles. « Il est dans l’intérêt de tout·es de mieux reconstruire pour accélérer la transition vers une énergie propre », conclut Corinne le Quéré.

Certes, le nouveau président états-unien Joe Biden a réintégré l’Accord de Paris. Son homologue français, Emmanuel Macron multiplie, quant à lui, les beaux discours, tout comme la majorité des dirigeants de l’Union européenne. Mais bien que l’avalanche des rapports, des chiffres, des avertissements et des prises de positions s’intensifient, rien ne se passe. La société politique n’a jamais été aussi immobile, aussi sourde et muette face à la réalité. Y compris face aux jeunes qui tentent de se mobiliser dans de nombreux pays.


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