Dossier : Fukushima : Les 10 ans qui ont plombé le nucléaire

Nucléaire : Une filière mondiale sous perfusion

Le déclin du nucléaire dans le monde, amorcé avant Fukushima, s’est nettement accentué sous l’impact de la catastrophe, au point de menacer à terme la survie de cette technologie.

Tout est dit, ou presque, en un unique graphique. À son apogée, en 2002, le parc nucléaire mondial comptait 438 réacteurs en fonctionnement. En 2020, ce nombre est tombé à 412 (lire p. 20), relève le World Nuclear Industry Status Report (WNISR, État mondial annuel de l’industrie nucléaire), qui fait autorité (1). Tout aussi éloquent : la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité, qui culminait à 17,5 % en 1996, n’a fait que décroître depuis pour tomber à 10,3 % en 2019. « Fukushima n’est pas la cause fondamentale de ce déclin, mais la catastrophe du 11 mars 2011 en a été un accélérateur indéniable », affirme Mycle Schneider, consultant et coordonnateur du WNISR. C’est nettement lisible sur le nombre de réacteurs en fonctionnement dans le monde : il subit un net décrochage cette année-là.

« L’impact le plus évident, c’est la perte définitive pour l’industrie nucléaire mondiale de l’un de ses principaux champions : le Japon », constate Yves Marignac, de l’Institut négaWatt, qui regroupe des experts indépendants. Immédiatement après le tsunami et l’accident qui ont ravagé la centrale de Fukushima, le pays, troisième producteur mondial d’électricité nucléaire après les États-Unis et la France, met en quelques mois ses 54 réacteurs à l’arrêt. Et souvent définitivement, en raison de défaillances ou d’une impossible mise en conformité avec les normes de sûreté révisées après l’accident. Mi-2020, le parc japonais ne comptait plus que 33 réacteurs, dont 24 toujours en arrêt longue durée pour travaux, anomalies, expertises ou poursuites judiciaires. Quant aux neuf réacteurs autorisés à reprendre du service en 2018, cinq étaient de nouveau à l’arrêt fin 2020. La filière nucléaire produisait alors moins de 5 % de l’électricité japonaise, contre 29 % avant le 11 mars 2011, avec des perspectives de redécollage inexistantes. L’opinion japonaise, historiquement traumatisée par les bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, a massivement basculé dans le camp antinucléaire civil après Fukushima. En mars 2020, même si la proportion a légèrement diminué depuis 2017, plus de 60 % des personnes sondées par l’organisation pronucléaire Jaero se disaient favorables à l’abandon définitif de cette filière, graduellement (50 %) voire sans délai (11 %).

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