Bon courage, M. Darmanin

Le ministre de l’Intérieur, pour qui « il n’y a pas de délit de blasphème », porte plainte contre Philippe Poutou, qui a déclaré que « la police tue ».

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Le 2 novembre 2020, le ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron – l’excellent M. Darmanin, qui a pour nos droits les plus élémentaires l’attachement que l’on sait – a tweeté cette admirable profession de foi : « La liberté d’expression est un principe fondamental de notre République. Non, il n’y a pas de délit de blasphème dans notre pays, n’en déplaise à certains. »

Plus récemment – c’était le 13 octobre dernier –, Philippe Poutou, conseiller municipal du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) à Bordeaux et candidat de cette même formation pour l’élection présidentielle de l’an prochain, a quant à lui déclaré, sur Franceinfo : « Évidemment que la police tue. »

Blasphème ! M. Darmanin, pris de frénésie, a immédiatement tweeté que ces « propos de M. Poutou » étaient « insultants et indignes d’un élu de la République », et qu’il « dépos(ait) plainte » contre leur auteur – dont la liberté d’expression ne semble donc pas être à ses yeux, tout bien réfléchi, un principe fondamental de notre République.

On souhaite bien du courage à cet impulsif plaideur : il va lui en falloir dans le moment difficile où Philippe Poutou va se pointer à l’audience avec ses boîtes à preuves – piochées sans doute aux meilleures sources élyséennes et policières – et faire défiler à la barre sa cohorte de témoins, président de la République compris.

Car, en effet, dans la vraie vie, la police tue, et ça ne date pas exactement de la semaine dernière. Il y a soixante ans, le 17 octobre 1961, elle a ainsi massacré dans Paris des Algériens qui manifestaient pacifiquement – comme l’a enfin reconnu Emmanuel Macron himself depuis le plus haut sommet de l’État en dénonçant la semaine dernière « les crimes inexcusables pour la République commis » ce jour-là « sous l’autorité de Maurice Papon », alors préfet de police de la capitale (1).

Et en 2020, d’après le dernier rapport de l’Inspection générale de la police nationale, qui n’est pas exactement un repaire d’anarchistes, « 32 personnes sont décédées à l’occasion d’une mission de police » – neuf de ces morts (2) étant, toujours selon cette instance, « liées à l’usage de l’arme individuelle et/ou à celui d’une arme longue », et deux « en rapport avec l’usage de la force physique lors d’une interpellation ».

La police tue, donc – et ce n’est pas seulement le candidat du NPA qui le dit : ce sont aussi, excusons le peu, le chef de l’État français et la « police des polices ». M. Darmanin va-t-il aussi « déposer plainte » contre ces impudents provocateurs ? Ou va-t-il plutôt se décider à considérer que sa République se grandirait grandement à poser en « principe fondamental » que certaines statistiques ne sont plus tolérables ?

(1) Dans la réalité, et contrairement à ce qu’a donc suggéré le président de la République, le sinistre Maurice Papon, agent de l’État sous tutelle hiérarchique, ne fut bien sûr pas, tant s’en faut, l’unique responsable de cette abominable tuerie.

(2) Dont deux « en lien avec le terrorisme ».


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