Primaire populaire : Une consultation en forme d’épreuve de force

Derrière l’objectif de rassemblement de la gauche et des écologistes, le vote d’investiture inédit qui se tient jusqu’à dimanche, se joue un nouvel épisode de la contestation des partis politiques et de leur légitimité à choisir leurs candidats et définir leur programme.

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Depuis ce jeudi 10h, les 466.895 inscrits sur la plateforme de la Primaire populaire peuvent voter pour désigner celui ou celle qu'ils soutiendront à la présidentielle parmi sept personnalités de gauche présélectionnées par 130 000 personnes, lors d’une première étape de parrainage qui s’est déroulée du 11 juillet au 11 octobre. Sont ainsi en lice, par ordre alphabétique : Anna Agueb-Porterie (militante écologiste), Anne Hidalgo (PS), Yannick Jadot (EELV), Pierre Larrouturou (Nouvelle donne), Charlotte Marchandise (militante associative), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Christian Taubira (PRG).

Ce scrutin à un tour se déroule en ligne au « jugement majoritaire ». Concrètement, les votants doivent attribuer à chaque candidat une des cinq mentions proposées (Très bien, Bien, Assez bien, Passable, Insuffisant) en réponse à cette question : « Pour faire gagner l’écologie et la justice sociale à l’élection présidentielle, j’estime que chacune de ces personnalités serait… » Celui ou celle qui aura la plus forte moyenne de mentions positives l’emportera. Le vote sera clos dimanche à 17h et le résultat rendu public vers 18h30.

Des règles du jeu imposées

Pour les organisateurs de cette initiative citoyenne, une équipe de jeunes entrepreneurs et militants associatifs, la tenue de cette élection est l'aboutissement d’un processus entamé il y a près d'un an avec la création d'une association « 2022 ou jamais » qui d'emblée s'était fixée pour objectif de rassembler la gauche et les écologistes sur une candidature commune, selon ses propres règles du jeu.

Lire > Avec « 2022 ou jamais », la société civile veut faire pression sur la gauche

Des règles récusées par EELV, la France insoumise, le PS mais aussi le PCF, dont le candidat, Fabien Roussel, n’a pas été retenu à la première étape de parrainage. Et encore aujourd’hui puisque trois des sept personnalités présentées au vote, et non des moindres puisqu’il s’agit de Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo, refusent d'avance de reconnaître le résultat de cette consultation. Ils ont d’ailleurs réclamé que leurs noms soient retirés, en vain, les organisateurs ayant décidé de passer outre. Ce qui est pour le moins problématique.

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Une primaire nécessite l’accord des candidats pour y participer, des débats entre eux et leur engagement à se retirer en faveur du vainqueur. Ces conditions n’étant plus remplies, ce scrutin s’est mué en une simple consultation sans débats qui auraient permis de confronter les projets des uns et des autres, ni assesseurs mandatés par les candidat.es contrairement à toutes les procédures électorales. Et pour un résultat incertain.

« Un certain peuple de gauche »

Car comme le note le politologue Rémi Lefebvre, « il s’agit d’une épreuve de force entre les vieux partis, qui proclament leur droit à désigner leur candidat, et un certain peuple de gauche, d’une sociologie jeune, diplômée, sensible aux questions d’écologie, qui conteste leur monopole ».

Une confrontation recherchée et assumée par les organisateurs. Dans une vidéo exhumée mi-janvier sur les réseaux sociaux et devenue virale (1), on voyait Samuel Grzybowski parler « d’empêcher » Jadot et Mélenchon et Hidalgo d’obtenir leurs 500 parrainages d’élus, de mener des opérations de critique massive sur les réseaux sociaux pour faire chuter leurs côtes de popularité ce qui aurait pour effet de les empêcher d’obtenir les prêts bancaires nécessaires à leur campagne. « Maladresse », a concédé le porte-parole. Le 23 janvier, interrogée à ce sujet sur le site francetvinfo, Mathilde Imer, son alter-ego dans l’organisation, déclarait « assumer une certaine forme de rapport de force avec les partis politiques » et soutenir l’initiative d’élus signataires du « Serment de Romainville » qui « disent qu'ils ne parraineront aucun des candidats en lice tant que les conditions du rassemblement ne sont pas réunies ». Ces élus ont réaffirmé cette position dans un communiqué diffusé le 27 janvier alors que s’ouvrait officiellement le recueil des parrainages.

Forcer à la recomposition politique

« Si les candidats refusent, on fera tout pour quand même faire exister un rassemblement, mais on changera de ton et de méthode », avait averti Clément Pairot, responsable du pôle mobilisation, le 18 novembre, dans une réunion publique dont Reporterre a rendu compte. Lors de cette même réunion, Mathilde Imer tout en récusant l’idée de transformer la Primaire populaire en mouvement citoyen, affichait ses prétentions : « Tout ce que nous souhaitons, c’est influer sur le débat public, et contribuer à la recomposition politique. » L’initiative n’était alors soutenue que par 165 000 personnes.

L’envolée du nombre des inscriptions, qui a suivi la déclaration de candidature de Christiane Taubira, a grandement conforté la détermination de la Primaire populaire à imposer ses vues. Elle relancé sa collecte de dons pour cela et semble en bonne voie d’atteindre 1,3 millions d’euros au 31 janvier. Et envisage de pérenniser son lobbying citoyen lors des prochains scrutins, notamment les législatives, comme l’explique Samuel Grzybowski dans une vidéo (voir à partir de 2’17).

C’est donc bien une épreuve de force, possiblement durable, qu’engage le vote en cours de la Primaire populaire. Une épreuve de force menée « non plus contre la droite, mais contre les partis de gauche et leurs programmes réfléchis et soupesés (pour beaucoup d'entre eux, en tout cas) », analyse d’Alain Wagener dans un blog sur Mediapart. « La fibre politique "titillée"__par l’initiative », cet enseignant-chercheur en analyse de discours et communication s’était inscrit à la Primaire populaire et s’inquiète que les campagnes électorales puissent être demain « pilotées par des initiatives privées, aux mains de quelques personnes qui essaient de coloniser l'espace politique ».


(1) Cet extrait provenait d’une réunion zoom de la Primaire populaire, mise en ligne en accès public sur Youtube le 2 novembre.


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