Recréer un front antifasciste

Alors que l’extrême droite atteint des scores historiques, l’antifascisme peine à mobiliser. Il y a pourtant urgence.

Nadia Sweeny  • 25 mai 2022
Partager :
Recréer un front antifasciste
© Mehdi Fedouach/AFP

Tous antifascistes ? « Siamo tutti antifascisti ! » Qui n’a pas déjà entendu – et scandé – ce slogan italien au cours d’une manifestation ? Si l’antifascisme s’invite souvent dans les mouvements sociaux, c’est qu’il fut dans l’entre-deux-guerres le ferment rassembleur de toutes les gauches. Un mouvement massif qui mobilisa des millions de Français face à la montée des fascismes européens. Il donna même naissance au Front populaire.

Près d’un siècle plus tard, l’extrême droite atteint des scores historiques, alors que l’antifascisme peine à mobiliser. Certes, il y eut quelques sursauts : face à l’OAS des années 1960, ou dans les années 1980-1990, quand antiracisme et antifascisme se rencontrent. Depuis, la flamme s’est assombrie. Le mouvement « antifa », mis dos à dos avec les groupuscules d’extrême droite, s’est recroquevillé, prisonnier d’une image d’action violente. Si cette violence questionne, elle est pourtant loin d’être au cœur de la lutte antifasciste.

Mais la question stratégique ne constitue pas la seule difficulté à surmonter. D’interprétations extensives en instrumentalisations opportunistes, l’antifascisme traîne comme un boulet une définition grossière de son ennemi. N’est-il qu’une « vaine agitation militante contre un ennemi inexistant », comme l’écrivait l’essayiste Thierry Wolton (2) ? Il y a pourtant urgence à remobiliser contre une extrême droite renouvelée qui impose ses termes du débat. Urgence à faire face aux dérives autoritaires d’un pouvoir qui n’a rien de fasciste. Mieux comprendre l’ennemi pour mieux le combattre, apporter des réponses aux populations chez qui il génère un engouement massif : tels sont désormais les grands défis de l’antifascisme.

(1) « Nous sommes tous antifascistes ! »

(2) Dans Le Grand Recrutement, Grasset, 1993.

Politique
Publié dans le dossier
Recréer un front antifasciste
Temps de lecture : 1 minute
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Génération·s : derrière la crise, la main de LFI ?
Politique 23 février 2024

Génération·s : derrière la crise, la main de LFI ?

Le petit parti fondé par Benoît Hamon, tiraillé entre plusieurs options pour les européennes, vient de désapprouver ses deux dirigeants nationaux, Léa Filoche et Arash Saeidi. Des membres les accusent d’avoir tenté un « coup de force ».
Par Lucas Sarafian
Face au RN, les contradictions de la Macronie
Analyse 21 février 2024

Face au RN, les contradictions de la Macronie

Au sein de la coalition présidentielle, les positions sont très floues sur l’attitude à adopter face à la formation de Marine Le Pen. Les erreurs et les « fautes » sur le sujet rendent la ligne macroniste illisible et inconséquente face à la progression de l’extrême droite dans le pays.
Par Lucas Sarafian
La difficile résistance d’une certaine idée du communisme municipal
Analyse 21 février 2024 abonné·es

La difficile résistance d’une certaine idée du communisme municipal

En 2021, le maire PCF de Grigny, Philippe Rio, remportait le titre de meilleur maire du monde. Cette année, c’est la maire communiste de Graz – la deuxième ville d’Autriche –, Elke Kahr, qui remporte le titre. Le communisme municipal a-t-il de beaux jours devant lui ?
Par Lucas Sarafian
Accusée d’être hors de « l’arc républicain », la France insoumise veut jouer bloc contre bloc
Analyse 19 février 2024

Accusée d’être hors de « l’arc républicain », la France insoumise veut jouer bloc contre bloc

Marginalisé par les troupes macronistes, le mouvement mélenchoniste refuse de revoir sa stratégie de la conflictualité. Les plus unionistes des ex-alliés de la Nupes tentent de déconstruire le récit du gouvernement et de la majorité. Mais le bruit et la fureur sont toujours d’actualité.
Par Lucas Sarafian