Dossier : Recréer un front antifasciste

Recréer un front antifasciste

Alors que l’extrême droite atteint des scores historiques, l’antifascisme peine à mobiliser. Il y a pourtant urgence.

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Tous antifascistes ? « Siamo tutti antifascisti ! » Qui n’a pas déjà entendu – et scandé – ce slogan italien au cours d’une manifestation ? Si l’antifascisme s’invite souvent dans les mouvements sociaux, c’est qu’il fut dans l’entre-deux-guerres le ferment rassembleur de toutes les gauches. Un mouvement massif qui mobilisa des millions de Français face à la montée des fascismes européens. Il donna même naissance au Front populaire.

Près d’un siècle plus tard, l’extrême droite atteint des scores historiques, alors que l’antifascisme peine à mobiliser. Certes, il y eut quelques sursauts : face à l’OAS des années 1960, ou dans les années 1980-1990, quand antiracisme et antifascisme se rencontrent. Depuis, la flamme s’est assombrie. Le mouvement « antifa », mis dos à dos avec les groupuscules d’extrême droite, s’est recroquevillé, prisonnier d’une image d’action violente. Si cette violence questionne, elle est pourtant loin d’être au cœur de la lutte antifasciste.

Mais la question stratégique ne constitue pas la seule difficulté à surmonter. D’interprétations extensives en instrumentalisations opportunistes, l’antifascisme traîne comme un boulet une définition grossière de son ennemi. N’est-il qu’une « vaine agitation militante contre un ennemi inexistant », comme l’écrivait l’essayiste Thierry Wolton (2) ? Il y a pourtant urgence à remobiliser contre une extrême droite renouvelée qui impose ses termes du débat. Urgence à faire face aux dérives autoritaires d’un pouvoir qui n’a rien de fasciste. Mieux comprendre l’ennemi pour mieux le combattre, apporter des réponses aux populations chez qui il génère un engouement massif : tels sont désormais les grands défis de l’antifascisme.

(1) « Nous sommes tous antifascistes ! »

(2) Dans Le Grand Recrutement, Grasset, 1993.


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