BHL et l’Ukraine : comparaison et déraison

Il faut grandement occulter l’histoire du bataillon Azov pour oser comparer la résistance des combattants de ce régiment ukrainien à la « bravoure (…) des résistants contre Hitler » .

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Le 15 mai 2022, Le Journal du dimanche publie ce qu’il présente comme un « récit » exclusif de Bernard-Henri Lévy. Il s’agit, plus précisément, d’une interview, réalisé via « un lien Zoom » et dont le philosophe précise qu’il la « résume », du « commandant en second du régiment Azov ». Cette unité est alors retranchée dans le complexe sidérurgique d’Azovstal à Marioupol, en Ukraine – ville qui n’est plus défendue, à ce moment-là, que par ces combattants sur lesquels s’abat un déluge de feu russe.

Le témoignage de cet officier est intéressant, pour ce qu’il restitue de la résistance héroïque des Ukrainiens victimes de l’odieuse agression que l’on sait. Mais il est regrettable que BHL prenne quelques libertés avec la réalité.

Il écrit, par exemple : « Je connais la réputation sulfureuse du bataillon. Je sais comment, à ses débuts, comme toutes les résistances du monde, il a ramassé tout ce qu’il pouvait et qui savait manier une arme – y compris des éléments d’extrême droite. » Problème : c’est doublement faux.

D’abord parce que « toutes les résistances du monde » ne ramassent pas « des éléments d’extrême droite » : l’exemple, parmi beaucoup d’autres, des YPG kurdes du Rojava, que le philosophe se targue pourtant de bien connaître, montre qu’il est, au contraire, tout à fait possible de se passer de leur renfort.

Ensuite, et plus gravement, parce que, contrairement à ce que suggère BHL, et comme l’a récemment rappelé Le Monde, le bataillon Azov a été fondé par le chef d’un parti « xénophobe, antisémite et raciste », qui avait alors réuni autour de lui « une centaine de volontaires aux idées nationalistes et néonazies ». Il était, par conséquent, avant d’être intégré à l’armée ukrainienne à l’automne 2014, exclusivement constitué de ces fanatiques. Et c’est bien évidemment ce qui explique sa « réputation sulfureuse » – laquelle est donc, contrairement à ce que suggère le philosophe, et par-delà l’élargissement ultérieur de son recrutement, quelque peu justifiée.

Mais il est vrai aussi que ce n’est qu’au prix de cette occultation de la véritable histoire de ce régiment – au sein duquel, toujours selon Le Monde, « seule une minorité » de soldats « sont aujourd’hui portés par des idées d’extrême droite ou néonazies » – que BHL peut ensuite expliquer à son interlocuteur : « Pour un Français (...) votre bravoure rappelle celle des résistants contre Hitler. » Sur Twitter, il comparera aussi le bataillon Azov au groupe Manouchian, dont les membres ont été assassinés par les nazis en 1944.

On peut bien sûr se hasarder à de tels rapprochements, surtout si l’on est un philosophe connu pour tout oser : cela suppose toutefois d’oublier aussi que l’emblème du régiment Azov, choisi par son fondateur, est aujourd’hui encore le même, inversé, que celui de la division SS Das Reich, responsable notamment, en 1944, du massacre des 643 habitants d’Oradour-sur-Glane, en guise de représailles contre ceux qui étaient, eux, à l’époque, de véritables « résistants contre Hitler ».


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