Dans le Var, les arguments de la gauche et l’ombre du Front

À Ollioules, La Seyne-sur-Mer, Hyères et Toulon, candidats et militants de gauche adoptent une stratégie claire pour convaincre dans un département promis à la droite la plus extrême : se mettre à hauteur des électeurs.

Rendez-vous boulevard du Général-Leclerc, sept heures du matin. Nom de l’opération : « bouchons au feu rouge ». Au pied de l’Holiday Inn, à la sortie de Toulon, à quelques pas seulement du Pont du Las, quartier populaire à l’ouest de la ville. Éric Habouzit, 35 ans, casquette à l’envers, sac Eastpak porté sur le dos comme un lycéen et candidat sur la 1e circonscription du département, est rejoint par Gwennaelle Jezequel, sa suppléante, et deux militants du coin. Objectif de ce jeudi 1er juin ? Tracter au milieu de la route à quatre voies. Le lieu est stratégique. On y croise ceux qui vont en ville pour travailler et ceux qui en sortent. Armée d’un sac plastique Casino qui contient trois pancartes en carton que le candidat a lui-même confectionnées et des centaines de tracts, la petite équipe se lance. « Je ne sais pas si c’est dérisoire ou pas comme action », ironise Éric Habouzit. Avant de se reprendre : « Si on arrive à se rendre sympa, les gens se rappelleront au moins de nous. Si on fait deux ou trois électeurs ce matin, c’est déjà ça. »

Ce prof de sciences économiques et sociales, reconverti en candidat de la Nupes dans un territoire tenu par la droite depuis 2002, déploie deux stratégies élaborées grâce à son expérience du terrain. « Soit on dit “Bonjour Madame, vous savez pour qui vous allez voter ?”, explique-t-il en adoptant un grand sourire mielleux. Soit il y a le message fort : Emmerder Macron. Ça marche bien. » Mais très vite, la théorie se confronte à la pratique. Et les quatre militants font face à deux problèmes majeurs. Le premier : la durée très courte des feux rouges. Pas plus de 12 secondes à chaque fois pour passer entre les voitures, pancartes à la main et distribuer quelques tracts aux conducteurs qui veulent bien baisser leur vitre. C’est peu. Alors le slogan doit être clair, et il l’est. « Votez pour moi et j’emmerderai Macron pour vous ! » crie Éric Habouzit. Le second problème est plus difficile à surmonter : le terreau politique du territoire. À Toulon, Marine Le Pen est arrivée en tête au premier comme au second tour de la présidentielle. À l’image du département, à quelques rares exceptions près. Sur les 153 communes que compte le Var, 129 ont placé le RN en tête au premier tour. Et seules une vingtaine ont fait barrage au second. Ici, les digues ont largement sauté.

« L’extrême droite a changé. Ce n’est plus comme avant. Aujourd’hui, ils sont structurés. »

L’opération aurait donc pu s’appeler « Peine perdue » tant cette terre est labourée par la droite et l’extrême droite. Mais il n’est pas question de désespérer. Même devant une étudiante qui refuse un tract en expliquant qu’elle votera pour le candidat Reconquête !, Philippe Heno. Même devant un chauffeur de bus paraphrasant un proverbe chinois : « Si le riche maigrit, le pauvre meurt. » Le prof de lycée s’en amuserait presque. « Si même les chauffeurs de bus qui font un boulot pénible reprennent l’argumentaire de la droite… », glisse-t-il. Sourire aux lèvres, il va jusqu’à chanter entre les voitures et pousser cette petite troupe pour faire « encore un tour ». Comprendre : attendre le prochain feu rouge pour distribuer les tracts restants.

Écouter les gens

Laisser tomber, ce n’est pas le genre de la maison. Dans cette terre promise à la droite, il se souvient de ce dimanche 6 mars, date du meeting d’Éric Zemmour au Zénith de Toulon. Ce jour-là, Éric Habouzit s’était posté devant l’entrée et criait, non sans humour, aux militants portant une croix catho : « Vous n’irez pas au paradis ! » « Il ne s’arrête jamais », assure Gwennaelle Jezequel en riant.

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