De Lallement à Nuñez , la violence persiste

Didier Lallement a officiellement quitté ses fonctions de préfet de Police à Paris, après trois années mouvementées et marquées par de nombreuses polémiques. Il est remplacé par Laurent Nuñez. Pour le meilleur et pour le pire.

Maxime Sirvins  • 21 juillet 2022
Partager :
De Lallement à Nuñez , la violence persiste
Laurent Nuñez, nouveau préfet de Police de Paris, à l'Élysée, à Paris le 28 février 2022.
© Ludovic Marin / AFP

C’est la fin pour Didier Lallement. L’ex-préfet de Police de Paris, nommé en mars 2019, a quitté son poste après trois années rendues houleuses par la violence qui aura caractérisé son passage. « Nous ne sommes pas dans le même camp, madame. » Sa phrase polémique en 2019 face à une gilet jaune avait donné le ton. Durant ces trois ans, il fera de la répression son outil de prédilection. L’évacuation violente d’un camp de migrants fin 2020 sur la place de la République amènera même le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, à prendre position sans pour autant limoger un fonctionnaire qu’il aura protégé jusqu’au bout. Dernièrement, c’est la gestion catastrophique de la finale de la Ligue des champions au Stade de France qui placera une nouvelle fois Didier Lallement sur le devant de la scène. Ce n’est pourtant pas son usage de la violence qui est à l’origine de son départ mais simplement la retraite qui arrive à grand pas.

Expert de l’institution et du renseignement

C’est Laurent Nuñez qui le remplace à la tête de la préfecture de police de Paris, confirmant ainsi la rumeur qui courrait depuis des semaines. Nouveau visage de l’autorité dans la capitale, Nuñez est loin d’être un novice. A 58 ans, le haut-fonctionnaire dispose d’un curriculum vitae bien fourni au sein du monde policier. Il a été directeur de cabinet du préfet de police de Paris (2012-2015) et préfet de police des Bouches-du-Rhône (2015-2017). Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, il est nommé à la tête de la DGSI (2017-2018) puis secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Il y gagne la confiance du pensionnaire de l’Élysée qui le nomme, en juillet 2020, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Du haut de son nouveau poste, Laurent Nuñez va reprendre en main le maintien de l’ordre parisien tant décrié depuis de nombreuses années. Rien de rassurant pour les libertés publiques lorsqu’on ausculte le passif du fonctionnaire.

Adepte de la « violence légale »

En 2016, lors du mouvement contre la Loi Travail, il avait fait évacuer très violemment une raffinerie bloquée par la CGT. De nombreux militants avaient été blessés par des grenades et tirs de LBD. L’une de ses premières grandes manifestations parisiennes sera sûrement celle du jeudi 29 septembre 2022, avec l’appel à la grève de plusieurs syndicats face à la perte de pouvoir d’achats. Son plus grand défi arrive en 2024 avec les Jeux olympiques. Droit sans ses bottes, il réfute évidemment le terme de « violences policières » et parle de « violence légale » pour décrire les interventions de police.

Police / Justice Politique
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

En Dordogne, un potentiel candidat aux municipales poursuivi pour emploi de travailleurs sans-papiers
Enquête 15 janvier 2026

En Dordogne, un potentiel candidat aux municipales poursuivi pour emploi de travailleurs sans-papiers

Cyrille Déchenoix, patron de Drop Intérim, fait campagne pour la mairie de Saint-Astier, en Dordogne. Pourtant cet ancien de l’UMP, déjà condamné deux fois pour prise illégale d’intérêt, est de nouveau visé par une procédure judiciaire. Cette fois, pour emploi de travailleurs sans papiers.
Par Pierre Jequier-Zalc
Budget : les raisons du naufrage de Lecornu
Budget 14 janvier 2026 abonné·es

Budget : les raisons du naufrage de Lecornu

Incapable de trouver l’équilibre entre une gauche très modérée et une droite intransigeante, le premier ministre pourrait passer son budget en force. Il renierait son engagement, s’affaiblirait politiquement et risquerait la chute.
Par Lucas Sarafian
Procès FN-RN : « Ce procès affecte Le Pen personnellement, mais pas Bardella »
Entretien 13 janvier 2026 abonné·es

Procès FN-RN : « Ce procès affecte Le Pen personnellement, mais pas Bardella »

Le spécialiste de l’extrême droite Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au Cevipof, relativise l’impact politique du procès. Et estime que la possible accession de Bardella comme candidat ne provoquerait pas de guerre au sein du parti.
Par Lucas Sarafian et Maxime Sirvins
Mercosur : les vraies raisons du « non » de Macron
Parti pris 9 janvier 2026

Mercosur : les vraies raisons du « non » de Macron

Si la France a voté contre le Mercosur, ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron condamne le libre-échange – bien au contraire – mais parce que soutenir le texte lui coûterait trop cher politiquement.
Par Pierre Jequier-Zalc