« En tant que magistrats, nous devons être à la hauteur de l’attente de ces enfants victimes »  

À Bobigny, où une audience hebdomadaire est consacrée à des dossiers de violence sexuelle sur les enfants, le magistrat Youssef Badr raconte le quotidien d’une justice confrontée à la parole des mineur·es et appelle à mieux les accompagner.

Céline Martelet  • 15 juillet 2026 abonné·es
« En tant que magistrats, nous devons être à la hauteur de l’attente de ces enfants victimes »  
Lors d'une manifestation organisée le 29 juin 2026 sur la place Vendôme, devant le ministère français de la Justice à Paris, des manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « L'inceste tue », « Qui a le droit de faire ça ? Eh bien, tout le monde, selon “la loi” » et « Ministère de l'Enfance », afin de réclamer une loi contre les violences faites aux mineurs, à la suite du décès de Lyhanna.
© Julie SEBADELHA / AFP

L’émotion provoquée par l’affaire Lyhanna a brutalement fait ressurgir dans les débats la question de la protection des enfants victimes de violences sexuelles. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin a pointé du doigt les défaillances des magistrats. Mais loin de l’emballement médiatique et des plateaux de télévision, chaque semaine, des centaines d’enfants victimes d’infractions sexuelles sont entendus en audience. C’est le cas notamment à Bobigny devant la 14e chambre correctionnelle que préside et coordonne Youssef Badr, le premier vice-président adjoint du tribunal judiciaire.

Beaucoup de gens l’ignorent, mais chaque semaine les infractions sexuelles sur les mineurs sont au cœur de nombreuses audiences, qui ne sont pas médiatisées. Au tribunal de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, vous y consacrez une journée par semaine devant la 14e chambre.

Youssef Badr : Oui le mercredi après-midi, parce que c’est un jour où les enfants, les adolescent·es, n’ont pas école donc ils et elles peuvent venir à l’audience s’ils et elles le souhaitent. C’est très important que les magistrat·es que nous sommes puissent recueillir leurs paroles mais aussi qu’ils et elles nous entendent. Pour moi, ce temps d’audience est fondamental, surtout quand personne ne les a crus dans leur famille ou leur entourage. C’est la première étape d’un nouveau départ pour elles et eux.

C’est même encore plus contre-nature pour un·e enfant·e de dénoncer des personnes de son cercle familial.

Sur l'année 2025, à raison d'un mercredi par semaine hors vacances judiciaires, nous avons traité devant la 14e chambre 97 procédures d’agressions sexuelles. Sur l’année 2026, nous sommes déjà à 49 dossiers. Cela représente beaucoup de procédures avec des gens derrière. Et ce n’est que pour une seule juridiction. Nous n’avons pas découvert l’ampleur des infractions sexuelles sur les mineur.es avec l’affaire Lyhanna. Cela fait des années que nous avons la tête dedans et que nous essayons modestement de faire en sorte que les enfants victimes sortent de nos audiences en se disant : « J’ai été entendu·e par la justice, j’ai été écouté·e. » Pour moi, s’ils et elles se disent ça, c’est déjà une satisfaction. 

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…