Enseignants contractuels, bouche-trous du système

Pour cette rentrée, alors que 4 000 postes étaient vacants, l’Éducation nationale recrute hors concours. Peu ou pas formés, les contractuels se retrouvent souvent seuls et démunis.

Malika Butzbach  • 31 août 2022 abonné·es
Enseignants contractuels, bouche-trous du système
L’arrivée dans un établissement peut être difficile pour un enseignant contractuel, sommé de prouver sa légitimité.
© Photo : ARIE BOTBOL/AFP.

Quinze ans après son baccalauréat, Louisa s’apprête à reprendre le chemin du lycée. Mais cette fois en tant que professeure. La jeune femme de 33 ans a été engagée avant l’été pour enseigner l’allemand dans une académie de l’Est. « J’ai fait des études d’arts et de ­langues, avant de partir à Berlin. Mon objectif était d’ouvrir une galerie, mais ce projet a échoué. Lorsque je suis revenue en France, un peu perdue, des amis enseignants m’ont parlé de la contractualisation. J’ai tenté ma chance sur un coup de tête lors d’un “job dating” et me voilà. » Au printemps 2022, ces événements se sont multipliés au sein de l’Éducation nationale : plusieurs rectorats ont organisé ces « job datings » afin de recruter des enseignants contractuels.

En juin, celui de Versailles a mis en lumière ce processus de recrutement : quatre jours pour embaucher 2 000 contractuels, dont 700 professeurs des écoles et 600 enseignants du secondaire. Parmi eux, William, 28 ans, s’était présenté, confiant. « J’ai été enseignant contractuel en mathématiques durant quatre ans dans l’académie de ­Créteil. Ils m’ont retenu après le premier entretien de trente minutes, et j’ai passé le second quelques semaines plus tard. Il faut dire que, dans la discipline des mathématiques, il y a beaucoup de besoins. » Contrairement à leurs futurs collègues, qui ont passé les concours de recrutement de l’Éducation nationale, Louisa et William sont « contractuels ».

Crise d’attractivité

Ces concours, en effet, ne font plus le plein d’admis, ni même de candidats, d’où le recours à la contractualisation. Le ministère se veut rassurant et souligne la faible part de ces contractuels, qui représentent 1 % des effectifs enseignants dans le premier degré et 8 % dans le second degré.

Ces chiffres varient toutefois selon les académies et les disciplines. Surtout, la tendance est à la hausse : en cinq ans, leur part au sein de l’Éducation nationale est passée de 14,5 % à 22 %. Certaines professions, comme les assistants d’éducation (AED) ou les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), ne sont concernées que par des contrats. Mais, phénomène nouveau depuis quelques années, de plus en plus d’enseignants sont embauchés ainsi.

À lire > À l'Éducation, Pap NDiaye dans l'ombre de Blanquer

Dans le secteur public, alors qu’ils étaient 31 641 en 2015, on en compte 39 961 en 2020, soit une

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