Élections au Brésil : les sœurs de Marielle sont prêtes
Bravant la violence politique attisée par Jair Bolsonaro, des dizaines de femmes noires des quartiers pauvres se présentent aux élections, dans le sillage de Marielle Franco, assassinée en 2018. Deuxième volet de notre première série d’articles sur les élections brésiliennes de 2022.
dans l’hebdo N° 1723 Acheter ce numéro

Leonor Leonídio a teinté ses cheveux et ses lèvres en mauve. Conseil des femmes de Seropédica, a-t-elle écrit sur une grande feuille de couleur. Grand-mère de choc, elle est de toutes les marches féministes, comme celle qui clôt cet « Août lilas », couleur attribuée à ce mois de rencontres et d’activités dédiées à la défense des femmes, face aux injustices économiques et sociales. Et le plus souvent il est question de violence – domestique, urbaine, politique, physique ou psychologique. L. L., des initiales dont Leonor Leonídio est fière : c’est aussi « lutte » et « Lula », deux symboles que brandissent les militant·es de gauche avec le pouce et l’index dans cette campagne présidentielle.
Elles sont près de 200, pour la plupart noires comme elle, réunies ce 31 août au matin sur la place Rui Barbosa à Nova Iguaçu, ville qui fait partie, comme Seropédica, de la Baixada fluminense, l’immense banlieue nord de Rio de Janeiro. Ici, ni plage nonchalante ni mythique Pain de sucre à l’horizon, c’est la « périphérie », comme elle se désigne, populaire et pauvre, où se pressent près de 4 millions de personnes. Les sinistres milices armées, maîtresses de trafics en tous genres et dont l’emprise s’étend sur plusieurs autorités municipalités locales, alimentent une violence dont les femmes et les jeunes hommes noirs sont les premières victimes.
« On ne se taira plus ! », « Toucher à l’une d’entre nous, c’est avoir affaire à nous toutes ! », crie le cortège. Parc Santos-Dumont, parmi la gamme d’activités offerte aux femmes, après la marche, il y avait un atelier d’autodéfense, cet après-midi-là. « Femmes noires et “périphériques”, nous sommes des guerrières », lance Lúcia Gomes. Battue par son mari dans sa jeunesse, elle a eu le courage, alors qu’elle était sans emploi, de le quitter il y a trente-deux ans déjà. « Celui qui oserait aujourd’hui lever la main sur moi, il la perdrait sur-le-champ ! »
Ces femmes sont merveilleuses ! Je vote pour elles, pour qu’elles écrivent une histoire différente pour ce pays, dominé par une élite blanche qui se désintéresse de nos problèmes.
Les élections générales approchent et le choix de Leonor, de Lúcia et de bien des marcheuses est sans surprise : pour la présidence, ce sera un bulletin Lula. Et pour l’assemblée législative de l’État de Rio de Janeiro, l’une des candidates noires issues de la Baixada fluminense. « C’est une
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