Inceste : victime parmi tant d’autres, Corinne Masiero témoigne

L’actrice a raconté pour la première fois l’inceste dont elle a été victime au micro de France Inter, avant la diffusion lundi prochain sur France 3 d’un documentaire Inceste, le dire et l’entendre, réalisé par Andrea Rawlins-Gaston.

Hugo Boursier  • 20 septembre 2022
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Inceste : victime parmi tant d’autres, Corinne Masiero témoigne
© Corinne Masiero, en juin 2022, lors d'un entretien accordé à Politis. (Photo : Maxime Sirvins.)

Quand je fais des concerts avec Les Vaginites [un groupe féministe], je le constate. On demande : »Qui a été touché [par l’inceste] directement ou indirectement ici ? » Et à chaque fois, c’est une forêt de bras dans le public. Ça touche tout le monde. » Dont elle. Corinne Masiero fait partie des 7 millions de Français qui ont été agressés sexuellement par un membre de leur famille. Au micro de France Inter, lundi 19 septembre, elle est revenue pour la première fois sur l’inceste dont elle a été victime quand elle était jeune.

L’actrice explique avoir retrouvé une photographie d’elle petite, dans sa cave, pendant le confinement, où elle apparaît aux côtés « d’un de [ses] agresseurs ». Les souvenirs ont ressurgi, après des années de silence. « Ça m’est revenu en pleine gueule, d’un coup », dévoile-t-elle.

Lire aussi > Corinne Masiero : « Être vigilant à chaque injustice et, surtout, ouvrir sa gueule »

« On subit tous et toutes une espèce de « culture » patriarcale et capitaliste, qui fait qu’il y a toujours un maître avec des esclaves autour. Ces esclaves ne sont plus des personnes mais des objets. Quand on est objet, on ne pense plus. »

Quoi qu’il arrive, c’est toujours la victime qui doit se démerder à parler, à faire des démarches, à tout faire.

On ne « pense plus », et on ne parle plus, aussi. La comédienne est revenue sur cette pression qui pèse sur les victimes. Témoigner, coûte que coûte. Un épisode qui peut être traumatique pour certaines d’entre elles. « Quoi qu’il arrive, c’est toujours la victime qui doit se démerder à parler, à faire des démarches, à tout faire. C’est comme les femmes battues à qui on oblige de se barrer. C’est pas à elles de se barrer, mais à l’agresseur ! », fustige-t-elle.

Entendre et croire

Corinne Masiero fait partie des victimes qui ont décidé de se dévoiler devant la caméra d’Andrea Rawlins-Gaston. Le documentaire, diffusé lundi 26 septembre sur France 3, raconte le combat de cinq femmes et d’un homme, de l’agression jusqu’au silence et, parfois, la honte. La réalisatrice interroge aussi notre capacité collective à « entendre », croire et prendre conscience de l’ampleur du phénomène.

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C’est justement pour répondre à cette urgence qu’Edouard Durand, co-président de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Civiise), demande davantage de moyens aux législateurs, alors que le budget 2023 de l’État est sur le point d’être débattu.

Il insiste sur la nécessité de former les professionnels, en créant notamment une « cellule pluridisciplinaire de soutien » qui permet de mettre en place un « repérage systématique », décrit-il dans le JDD. Mais aussi plus de moyens concernant la cybercriminalité, et le lancement d’une campagne nationale. « Il n’y en a pas eu depuis vingt ans ! », dénonce Édouard Durand.

Cette commission, créée, il y a un an, a reçu plus de 16 000 témoignages. Elle dressera le bilan de son action ce mercredi 21 septembre. Dans un entretien accordé à Politis en mars, où la Civiise présentait ses conclusions intermédiaires, Edouard Durand insistait sur l’essentiel : la nécessité de « protéger l’enfant ».

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