« Liz Truss est l’agente de l’accaparement des ultrariches »

Thierry Labica, enseignant spécialiste en études britanniques à Nanterre, décrypte le déni de réalité manifesté par la nouvelle Première ministre britannique, alors qu’un mouvement social sans précédent agite le pays.

Le paradoxe restera sans doute dans l’histoire : la plus mal élue des Prime Minister du Royaume-Uni, Liz Truss, aura été l’ultime cheffe de l’exécutif à avoir rencontré la reine Élisabeth II pour prendre ses fonctions, deux jours à peine avant le décès de celle-ci, après un règne de soixante-dix ans. Une souveraine dont la fonction même garantit a priori la stabilité et le bon fonctionnement du système constitutionnel, démocratique (et très parlementaire) outre-Manche.

Or la nomination de Liz Truss au 10 Downing Street n’a été acquise qu’avec les suffrages de moins de 0,2 % des électeurs britanniques, quand celle-ci multiplie les prises de position outrancières à l’encontre des sujets les plus défavorisés de Sa Gracieuse Majesté, dans un contexte d’hyperinflation, notamment des tarifs de l’énergie ou de l’eau, en prônant une politique ultralibérale. Mais aussi en affichant toujours plus de mépris vis-à-vis des autres nations composant le Royaume-Uni, telles l’Écosse et l’Irlande du Nord.

Si les forts mouvements sociaux de ces derniers mois connaissent une pause (volontaire) du fait du décès de la reine, Liz Truss n’y répond pour l’instant que par une surenchère dédaigneuse jusque dans les nominations de ses proches collaborateurs et ministres. Thierry Labica, enseignant spécialiste en études britanniques à l’université Paris-Nanterre (1) analyse ce déni de réalité sociale et politique de la part du nouveau gouvernement tory. Un aveuglement qui s’apparente à une fuite en avant vers toujours plus d’inégalités et d’autoritarisme.

La mort d’Élisabeth II peut-elle signifier la fin de la monarchie ?

Thierry Labica: Assurément non, puisque la reine décédée a bien un successeur, désormais Charles III. Toutefois, la monarchie ne se porte pas au mieux, après un règne où Elizabeth II a réussi à incarner durant soixante-dix ans une institution stable et honorable. Aujourd’hui, c’est loin d’être le cas, avec notamment un prince Andrew (frère du nouveau roi) impliqué dans les scandales de pédophilie et d’abus sexuels de l’affaire Epstein, et le couple Harry et Meghan qui a fait sécession du Palais. Donc les affaires familiales ne vont pas très fort, également parce que l’unité du Royaume-Uni, normalement représentée par l’unité de la famille royale, déjà fragile, est sous le coup de forces centrifuges.

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