Extrême-droite : comment la bête fait son nid au Parlement européen

Longtemps marginale au sein du Parlement européen, l’extrême droite n’y a jamais été la bienvenue. Alors que près de 20 % des eurodéputés s’y rattachent, ses divisions l’affaiblissent.

Michel Soudais  • 5 octobre 2022 abonné·es
Extrême-droite : comment la bête fait son nid au Parlement européen
© Conférence de presse de Marine Le Pen au Parlement européen de Bruxelles, en juin 2015, aux côtés d’autres leaders de formations d’extrême droite. (Photo : EMMANUEL DUNAND / AFP.)

Qu’il semble loin, le temps où l’eurodéputé social-démocrate allemand Vural Öger protestait contre la reconstitution d’un groupe d’extrême droite dans l’institution parlementaire européenne. « Un parti d’extrême droite avec des idées anti-européennes n’a pas sa place au Parlement européen », s’insurgeait-il. C’était en 1997. Un autre siècle.

Depuis 2019, date des dernières élections européennes, les eurodéputés membres de formations nationalistes, xénophobes ou ultra-conservatrices pourraient potentiellement, s’ils n’étaient pas divisés, former le troisième groupe de l’Assemblée européenne, derrière le Parti populaire européen (PPE) et les Socialistes et démocrates (S&D). Une menace qui n’est plus tout à fait virtuelle.

Longtemps, le Parlement européen a pu tenir à distance l’extrême droite. La première alerte se produit en 1984. En France, c’est «le choc Le Pen». Les électeurs envoient dix membres du Front national (FN) siéger à Strasbourg. Au sein de l’Assemblée européenne, l’émotion n’est pas moins vive car, pour la première fois, un groupe d’extrême droite se forme, dont Jean-Marie Le Pen va prendre la présidence.

Entrée tonitruante au Parlement

Son «groupe des droites européennes» comprend, outre les eurodéputés frontistes, cinq élus du Mouvement social italien (MSI), dont Giorgio Almirante, et un élu grec de l’Union politique nationale (EPEN). Ils seront rejoints en cours de mandat par un unioniste d’Ulster.

Avec 3,9% des sièges, ce groupe reste marginal, mais procure à ses membres un certain nombre d’avantages dont Jean-Marie Le Pen va profiter (et abuser) pour développer son parti et son image à l’international: augmentation du temps de parole, participation à la conférence des présidents, possibilité d’introduire des amendements, de présenter des résolutions…

Mais aussi, et surtout, des avantages financiers : affectation d’un secrétaire général et de collaborateurs, voiture et chauffeur pour le président de groupe,

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