« La crise des opioïdes illustre la dérive du capitalisme »

Le journaliste Patrick Radden Keefe du prestigieux New Yorker retrace dans L’empire de la douleur la sinistre saga des Sackler, honorables mécènes enrichis par l’OxyContin, un médicament antidouleur qui a suscité dépendance et overdoses pour des millions de personnes.

Olivier Doubre  • 12 octobre 2022 abonné·es
« La crise des opioïdes illustre la dérive du capitalisme »
© Le 1er juillet 2019, la photographe Nan Goldin mène une action de protestation au Louvre, à Paris, dont les Sackler sont des « mécènes ». (Photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP.) (Photo Patrick Radden Keefe : Philip Montgomery.)

La « crise des opioïdes », qui perdure aujourd’hui, a provoqué des centaines de milliers de morts par overdose depuis la mise sur le marché de l’OxyContin, puissant opiacé antidouleur qui a rendu dépendants des millions de patients aux États-Unis.

Journaliste au prestigieux New Yorker, déjà auteur d’une longue enquête sur le conflit en Irlande du Nord entre les communautés catholiques et protestantes-unionistes depuis la fin des années 1960 (1), Patrick Radden Keefe a travaillé des années durant sur l’ascension sociale fulgurante de la très riche et très discrète famille Sackler, propriétaire du laboratoire Purdue, qui a commercialisé l’OxyContin au mitan des années 1990.

Il reconstitue dans L'empire de la douleur la success story de ce clan qui, présent dans la liste du magazine Forbes des vingt familles les plus riches des États-Unis – avec une fortune estimée à quelque 14 milliards de dollars –, n’apparaît jamais comme partie prenante de l’industrie du « Big Pharma ».

Ses membres se présentent plutôt comme de simples mécènes de laboratoires de recherche biomédicale, de prestigieuses universités et d’hôpitaux, et surtout de centres d’art, qui mettent leur prospérité au service des plus grands musées du monde…

Ces « philanthropes », aujourd’hui poursuivis en justice par des milliers de victimes, se sont enrichis avec ce médicament en dissimulant son caractère addictif, le présentant comme un véritable miracle contre la douleur.

Les Sackler ont une attitude typique de tant d’ultra-riches aujourd’hui : dissimuler une activité hyper rémunératrice (et ses conséquences néfastes pour l’humanité) par des fondations, des dons,

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Temps de lecture : 14 minutes

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