Droits des femmes et LGBT+ : la menace Meloni

Depuis l’élection du gouvernement d’extrême droite en Italie, les mouvements pro-vie et anti-genre prennent de l’ampleur et s’emploient à infléchir la législation dans le sens de leurs combats.

Irene Fodaro  • 14 décembre 2022 abonné·es
Droits des femmes et LGBT+ : la menace Meloni
Une manifestation du mouvement « Pas une de moins », engagé contre les violences de genre, le 26 novembre 2022 à Rome.
© Matteo Placucci / NurPhoto / NurPhoto via AFP.

Aider les femmes à ne pas avorter, accompagner, voire encourager, les LGBTphobies, empêcher les programmes d’éducation sexuelle à l’école : l’Italie entre dans une nouvelle ère, dangereusement conservatrice, de régression des droits humains. Le programme du gouvernement Meloni suscite l’enthousiasme des mouvements pro-vie et pro-famille, hostiles aux personnes LGBT+. Les droits des femmes, les droits sexuels et reproductifs, ainsi que ceux des minorités sexuelles et de genre semblent ne jamais avoir été aussi menacés dans la République italienne.

« On veut beaucoup plus que la 194 ! », pouvait-on entendre au cœur de Rome, samedi 26 novembre, en référence à la loi qui a autorisé l’IVG le 22 mai 1978. Le massif cortège transféministe, organisé par le mouvement Non una di meno (Pas une de moins), engagé contre les violences de genre, se dit inquiet. Il dénonce une « attaque sans précédent de notre présent ».

Activisme intégriste

La nouvelle présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, s’est entourée de nombreux ministres ouvertement hostiles à l’avortement, au mariage homosexuel ou plus largement aux droits LGBT+. Le président de la Chambre des députés, Lorenzo Fontana, n’est pas en reste quand il déclare que « les familles arc-en-ciel n’existent pas dans la loi ». De quoi donner du grain à moudre aux opposants.

Ce gouvernement, ses ministres et son entourage sont « inspirés de longue date par des mouvements radicaux, pro-vie et anti-genre », selon Massimo Prearo, chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales, connu pour ses travaux sur le genre et les mouvements LGBT+ (1).

« Ce que je définis par mouvement “néocatholique” est un nouveau courant de l’activisme catholique italien, radical et intégriste, explique le chercheur. Il naît entre 2010 et 2012, à l’intérieur de la “Marcia per la Vita”, l’expression la plus intransigeante du mouvement pro-vie en Italie. En son sein naissent des groupes qui ont une volonté d’être plus revendicatifs, et ce projet prend forme en 2013 avec la naissance de la “Manif pour tous Italia” qui, s’inspirant du modèle français, propose un type de mouvement qui ne se fonde pas sur la défense de la vie comme projet divin, mais sur un discours mis à jour, fondé sur la lutte contre la “théorie du genre”, la négation de la biologie et de l’anthropologie humaines. C’est une manière de réintroduire l’action catholique

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