2022, année de la décolonisation culturelle de l’Ukraine

L’affirmation d’une identité distincte de celle de la Russie s’ancre dans le pays. Mais l’idée est encore très neuve ailleurs, y compris en France.

Patrick Piro  • 22 février 2023 abonné·es
2022, année de la décolonisation culturelle de l’Ukraine
Manifestation pour la libération des soldats ukrainiens faits prisonniers, le 4 août 2022, à Kyiv.
© Daisuke Tomita / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP.

Depuis des mois, l’affirmation de l’identité ukrainienne est omniprésente dans l’espace public du pays. Le drapeau et les innombrables déclinaisons graphiques de ses fameuses bandes jaune blé et bleu ciel s’affichent aux fenêtres, sur les murs, sous forme de posters, de broches, etc.

Des campagnes de promotion en tout genre – pour protéger le petit commerce, pour soutenir une collecte de dons… – déclinent un célèbre logo en forme de goutte d’eau aux couleurs nationales né lors de l’invasion de 2013, pour symboliser que « l’océan tire sa force de l’addition des gouttes qui le composent ».

On porte avec ostentation la vyshyvanka, chemise brodée ukrainienne typique, des T-shirts floqués « I am Ukrainian ». Les chants patriotiques fleurissent, on pousse l’hymne national en toute occasion. Le tryzoub, trident des armoiries ukrainiennes, est le motif-phare d’un fort engouement pour le tatouage nationaliste.

« Il y a une explosion des signes pour montrer sa fierté d’être ukrainien et dissoudre le complexe entretenu envers la Russie », observe Oleksandra Romantsova, directrice du Center for Civil Liberties, à Kyiv. Née à Mykolaïv, ville proche de Kherson, elle a vécu personnellement les étapes d’une lente décolonisation culturelle dans cette ceinture sud de l’Ukraine où le russe était la langue dominante.

« Je n’ai appris l’ukrainien qu’au début des années 2000, à l’âge de 19 ans, à mon entrée à l’université. Nos manuels scolaires étaient élaborés en Russie, l’Ukraine y était dépeinte comme une terre de souffrances dans l’ombre du grand-frère russe, porteur de la grande littérature quand la production locale était dépréciée. Idem pour les travaux de nos scientifiques. Et ce qu’il y

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

Clémentine Autain : « Nous devons avoir le discours d’une gauche décomplexée »
Entretien 28 janvier 2026 abonné·es

Clémentine Autain : « Nous devons avoir le discours d’une gauche décomplexée »

La députée de Seine-Saint-Denis défend la nécessité d’une primaire de la gauche en 2027, à laquelle elle est candidate. Elle pose les bases de son projet présidentiel : renouveau démocratique, augmentation des salaires, nouvelle coalition internationale.
Par Lucas Sarafian
« Donald Trump entre en confrontation avec la Constitution »
Entretien 27 janvier 2026 abonné·es

« Donald Trump entre en confrontation avec la Constitution »

Spécialiste des questions juridiques, le journaliste Sébastien Natroll montre comment la droite états-unienne se sert du droit pour asseoir son projet politique conservateur.
Par Olivier Doubre
Le drapeau, projection de l’individu social
Essai 22 janvier 2026 abonné·es

Le drapeau, projection de l’individu social

À Paris, la victoire du Sénégal à la CAN a fait surgir drapeaux, cris et appartenances. Derrière la ferveur sportive, ces étendards révèlent bien plus qu’un résultat de match : des identités, des solidarités et des fractures, au cœur d’un paysage politique et social où le besoin de collectif s’exprime par les symboles.
Par Olivier Doubre
Oleksandra Matviichuk : « Poutine voit l’Ukraine comme un pont vers l’Europe »
Entretien 19 janvier 2026 abonné·es

Oleksandra Matviichuk : « Poutine voit l’Ukraine comme un pont vers l’Europe »

Depuis Kyiv, l’avocate et militante ukrainienne pour les droits de l’homme qui dirige le Centre pour les libertés civiles, avec qui elle a obtenu le prix Nobel de la paix en 2022, raconte un pays qui s’apprête à entrer dans sa cinquième année de guerre. Elle dénonce un système international obsolète, incapable de punir le crime d’agression commis par les dirigeants russes.
Par Hugo Lautissier