Syndicats non grata
Malgré une mobilisation massive et historique le 7 mars, le président de la République n’a pas daigné recevoir les partenaires sociaux à l’Élysée. Une illustration d’une pratique du pouvoir qui, depuis Nicolas Sarkozy, bafoue la démocratie sociale.
dans l’hebdo N° 1749 Acheter ce numéro

© Xose Bouzas / Hans Lucas / AFP
« Le silence du président de la République constitue un grave problème démocratique qui conduit immanquablement à une situation qui pourrait devenir explosive. » Chaque mot de cette phrase issue du communiqué rédigé par l’intersyndicale le 7 mars dernier a été pesé. Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron s’est appliqué à marginaliser toujours plus les organisations syndicales.
Dès son arrivée à l’Élysée, il met d’ailleurs en place ses « ordonnances Macron » : un bouleversement du code du travail qui prolonge la loi El Khomri passée un an plus tôt, au forceps du 49-3, sous le quinquennat précédent.
Ces ordonnances ont « considérablement remodelé les instances représentatives du personnel, fusionnées dans les nouveaux comités sociaux et économiques [CSE] »,ce qui « acte la disparition des délégués du personnel et du CHSCT [comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail][…] et limite encore davantage leur temps disponible pour maintenir des liens avec leurs collègues et leur organisation », souligne une note d’Intérêt général, un collectif de chercheurs et de fonctionnaires.
La loi travail de 2016 et les ordonnances Macron ont rebattu le jeu du « dialogue social », avec l’inversion de la hiérarchie des normes. Les négociations au niveau de l’entreprise ont désormais pris le pas sur celles de branche. « Cela a renforcé la légitimité de l’entreprise comme lieu privilégié du dialogue social », souligne Karel Yon, sociologue au CNRS, spécialiste des syndicats et de la démocratie sociale.
La période Macron, c’est la négation totale de l’importance des syndicats.
Les organisations syndicales se retrouvent, d’une certaine manière, « enfermées » au sein des entreprises, à l’écart du champ politique. Cela explique, par exemple, la hausse constante des signatures d’accords d’entreprise, qui ont été multipliés par près de 6 en vingt-cinq ans. Une forte augmentation qui n’a pourtant pas amélioré les conditions de travail dans le pays, entre une hausse de la pénibilité, une précarisation du salariat et une stagnation des salaires.
« En définitive, le développement de la négociation collective, vendue au nom d’un “dialogue social” de “proximité”, s’est accompagné d’un mouvement paradoxal de centralisation des instances de représentation du personnel, qui accroît la distance des élus aux salariés et entrave ainsi la capacité des syndicats à les mobiliser », explique la note.
Les origines de ce mouvement de fond, bien antérieur à 2016, sont à chercher à la fin du siècle dernier, avec une prise de distance du champ politique et social, et qui s’est progressivement accompagnée d’un changement de personnel politique. Comme le souligne le sociologue Julian Mischi dans un article (1), « le personnel [politique] et les discours s’éloignent de plus en plus des milieux populaires au cours des années 1980-2000 », notamment dans les partis de gauche.
Les transformations sociales et idéologiques du personnel politique l’éloignent de plus en plus des organisations syndicales. « Emmanuel Macron est l’archétype de ce nouveau
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