« On nous disait qu’il n’y avait rien à craindre »

En Ardèche, d’anciens salariés d’une entreprise médicale, Tetra, dénoncent leur exposition à une substance cancérigène, mutagène et reprotoxique. Ces hommes et ces femmes ont travaillé pendant des dizaines d’années sans savoir que leur santé, et celle de leurs enfants, était peut-être en danger.

Pauline De Deus  • 1 mars 2023 abonné·es
« On nous disait qu’il n’y avait rien à craindre »
De gauche à droite, Guy Rousset, délégué syndical à l’Union locale CGT, Cathy et Aurélie demandent réparation pour les salariés de Tetra Médical, qui ont travaillé en milieu toxique.
© J.-Charles Grard / Photononstop via AFP.

« Ils nous ont contaminés ! Je ne sais pas comment on a pu se laisser berner ! » L’émotion est palpable, mais aucune larme ne s’échappe. C’est la rage, le besoin de justice et la solidarité qui la font tenir. À 55 ans, Cathy a passé plus de la moitié de sa vie à Tetra Médical.

Une entreprise centenaire d’Annonay, au nord de l’Ardèche, qui a mis la clé sous la porte début 2022. Il y a un an, les quelque 160 salariés laissés sur le carreau ne se doutent pas que cette entreprise qu’ils aimeraient voir prospérer met chaque jour leur vie en danger.

Avant ce plan social, Cathy y occupait depuis seize ans le poste d’agent de contrôle. Sept heures par jour, avec une simple blouse et une paire de gants, elle ouvrait des cartons pour en vérifier le contenu. La chaleur des sachets en polyuréthane, l’humidité et l’odeur de pommes pourries.

Ces nets souvenirs sont ceux de l’oxyde d’éthylène, un gaz incolore et surtout hautement toxique par inhalation. Ciseaux, pansements, compresses, bandes adhésives, sets de soin, tout ce qui était fabriqué dans les ateliers de production voisins passait par l’autoclave : une machine où ce fameux gaz toxique était mis sous pression pour stériliser les produits.

Les salariés savaient que l’oxyde d’éthylène était utilisé dans l’entreprise. C’est d’ailleurs pour cette raison que des cartons étaient en permanence entreposés dans la salle des produits finis et dans le couloir qu’ils traversaient quotidiennement pour se rendre aux toilettes ou à la machine à café.

 La phase de désorption aurait dû avoir lieu dans une salle confinée.

Pendant au moins une semaine, parfois jusqu’à trois mois, les cartons restaient là. Cette phase de « désorption » permettait aux molécules d’oxyde d’éthylène de s’échapper afin que les produits puissent être expédiés aux hôpitaux et autres clients.

Substance dangereuse

Comme tout gaz toxique, l’oxyde

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Travail
Publié dans le dossier
Morts au travail, impunité patronale
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