La « vue sur mer » confisquée

Fruit d’une « recherche-action » sur l’évolution sociale et immobilière de Douarnenez, un ouvrage mené par un collectif d’habitants a analysé le phénomène du tout-tourisme dans cette ville côtière bretonne. 

Olivier Doubre  • 12 avril 2023 abonné·es
La « vue sur mer » confisquée
Des Douarnenistes manifestent le 10 septembre 2022, contre le boom de l’immobilier.
© FRED TANNEAU / AFP.

« Dans un territoire touristique, c’est une question comme celles des résidences secondaires qui tend à exacerber la violence des inégalités sociales. La violence de ne pas pouvoir accéder à un logement quand quelqu’un d’autre peut posséder et jouir de deux maisons, pour le plaisir. »

C’est celle des « volets fermés », visibles dans chaque rue, qui indiquent que tant de maisons ne sont ouvertes en ville que quelques semaines par an, en général l’été. Or, comment un territoire peut-il vivre dans ces conditions, quand toujours plus de propriétés immobilières en son sein soulignent qu’en fait ses « habitants » ne vivent pas là…

Par ce travail remarquable d’enquêtes et d’interviews auprès des Douarnenistes qui, toujours plus précaires, assistent à la transformation de leur petite ville et à la « confiscation » de leur « vue sur mer », le collectif Droit à la ville Douarnenez décrit comment leur cité bien-aimée se voit réduite à une « marchandise » par une systématique et quasi-exclusive « mise en tourisme », se traduisant par des « violences sociales » et des « rapports de domination » toujours plus aigus. Ou comment, jour après jour, le modèle de la « start-up nation », chère à Macron (et à d’autres), supprime, ou efface, les « usages populaires » de la ville.

"Mais vous vivez ici, l’hiver aussi, vous ?"

Disparition des commerces de proximité, apparition de « galeries », d’espaces de « coworking », construction de parkings (vides la plupart des mois de l’année), piétonnisation des rues du centre-ville avec force pavés en granit… l’ancienne petite cité ouvrière et sardinière du Finistère-Sud a été profondément bouleversée ces dernières années.

La presse locale salue d’ailleurs régulièrement ce « regain d’activité » et, surtout, le « boom de l’immobilier » dans cet ancien port sardinier « désormais bien intégré aux circuits de vacances ».

Notaires, promoteurs et agents immobiliers, commerçants, propriétaires de meublés touristiques, tous se réjouissent, se frottent les mains : grâce à ce « raz-de-marée », les capitaux affluent, les prix augmentent, « l’attractivité » du territoire progresse.

Mais, revers de la médaille, l’enquête montre surtout que les Douarnenistes doivent se résigner à « accepter une autre vie » (car « sans apport, face à des investisseurs qui payent cash »), à « partir

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