« Rien n’est dit », de Philippe Forest : un projet émancipateur

Philippe Forest dresse un plaidoyer pédagogique et combatif en faveur de la modernité à l’heure où la littérature se plie à l’industrie du divertissement.

Christophe Kantcheff  • 19 juillet 2023 abonné·es
« Rien n’est dit », de Philippe Forest : un projet émancipateur
© Bénédicte Roscot

Derrière ses allures savantes, le nouvel opus de Philippe Forest, Rien n’est dit. Moderne après tout, est un livre de combat. Combat discret, ne déclenchant aucun scandale, pas davantage de buzz, parce qu’il concerne la littérature dans ce qu’elle a d’essentiel. Il porte sur la modernité littéraire, dont il est utile de donner d’emblée une définition possible, ce que l’auteur fait lui-même dès les premières pages : « La parole moderne est une parole critique. Sa raison d’être consiste à mettre perpétuellement en crise tout discours positif, lui rappelant son envers d’ombre, les failles et les apories qui s’ouvrent au sein de toute conscience assurée d’elle-même afin de laisser deviner, derrière l’écran des certitudes communes, la profondeur d’une autre expérience du monde – expérience perplexe, inquiète, irréconciliée. »

Mais que pourrait donc être une littérature qui n’aurait qu’une seule dimension, lisse et plate comme un miroir ? Il suffit d’entrer dans une librairie et de regarder autour de soi : une très grande part de la production est de cet acabit. Dans nombre d’œuvres littéraires la langue n’est qu’un outil mis au service d’une histoire, comme un scénario amélioré. Au mieux, on tente de la rendre harmonieuse, « stylée », voire chantante quand il s’agit de poésie, un flux transparent sans opacité. Intrigues psychologiques et faits de société y dominent, dont les thèmes se distinguent mal de ceux qui peuplent les magazines. Et le ton dénonciateur ou critique du monde tel qu’il est décrit ne suffit pas à fonder une subversion. Les œuvres dites engagées sont souvent politiquement anodines parce que littérairement désarmées (et désarmantes).

De la modernité en littérature

Nous sommes dans le règne du « néo-naturalisme », comme le nomme Philippe Forest, qui écrit : « De plus en plus rares sont aujourd’hui les œuvres […] qui peuvent prétendre à une relative reconnaissance tout en ne se soumettant pas à l’impératif simple de ce que, conformément aux exigences du marché, l’on considère unanimement comme un “vrai roman”. » Autant dire que le livre de Philippe Forest nous paraît bienvenu. Ils sont peu nombreux – et pour cause –, les auteurs qui pourraient défendre la modernité en littérature, et qui le font en descendant

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Littérature
Temps de lecture : 8 minutes