L’unité d’investigation sur les stupéfiants, nouveau coup de com’ de Darmanin

La création d’une nouvelle structure pour lutter contre le trafic de drogues, inspirée de la CRS 8, semble davantage satisfaire aux besoins du ministre présidentiable qu’à ceux du terrain.

Nadia Sweeny  • 19 septembre 2023
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L’unité d’investigation sur les stupéfiants, nouveau coup de com’ de Darmanin
Gérald Darmanin, lors des questions au gouvernement à Assemblée nationale, le 23 mai 2023.
© Lily Chavance

Le 1er juillet dernier, sur demande du ministre de l’Intérieur, la centenaire Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) a été liquidée. Dès janvier 2024, malgré une mobilisation massive des policiers de la PJ et des magistrats, ses brigades territoriales seront rattachées à un directeur départemental de la police nationale, lui-même sous la coupe du préfet.

Outre que cette nouvelle organisation est très largement critiquée pour son entrave à la séparation des pouvoirs – le préfet ayant désormais la main sur les effectifs de police judiciaire – elle est aussi pointée pour son manque d’efficacité. Ses détracteurs alertent sur la dilution progressive des policiers spécialistes de la criminalité de haut spectre dans les nombreuses affaires de moindre ampleur. Une critique qui vise directement la stratégie de Gérald Darmanin : un ministre qui aurait lâché la bride de la grande délinquance interrégionale, en rattachant la police judiciaire au niveau départemental.

Pour contrer ce discours à l’heure où les règlements de compte sur fond de trafics de stupéfiants font de nombreuses victimes, le ministre a sorti de son chapeau de présidentiable une nouvelle idée : la création d‘une unité d’investigation mobile sur le modèle de la CRS 8, projetable momentanément sur des territoires en proie au trafic de stupéfiants.

Dégoût et risque d’entrave

D’après Le Monde, le ministère de l’intérieur a même demandé aux policiers de terrain qui travaillent au long cours sur ces réseaux, de transmettre à leur hiérarchie les affaires « mûres », soit quasiment achevées, afin de les refiler à cette nouvelle unité… Laquelle n’aura plus qu’à aller cueillir les lauriers du travail des autres, sur un territoire qu’elle ne connaît pas, auprès d’équipes qu’elle ne connaît pas plus. Et ainsi permettre à Gérald Darmanin de démontrer l’efficacité de son idée et alimenter sa communication ministérielle.

Outre le dégoût généré auprès des fonctionnaires de police judiciaire, qui témoignent d’un sentiment d’instrumentalisation de leur travail, policiers et magistrats pointent aussi le risque accru d’entrave au secret de l’instruction, du contrôle des enquêtes qui échappe aux magistrats au bénéfice du ministère – soit une déstabilisation de l’équilibre des pouvoirs –, ainsi qu’une pression sur le temps d’enquête pour satisfaire aux exigences de com’… Le tout, vendu par le ministère comme « un apport de moyens supplémentaires ». À l’heure où les effectifs locaux de police judiciaire fondent comme neige au soleil, il fallait oser.

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