Une étatisation dangereuse

« Je considère que l’État devrait reprendre la main sur l’assurance-chômage de manière définitive » : Bruno Le Maire sait aussi être cash. L’objectif est simple : faire du régime d’assurance-chômage un simple minimum social. Quelle régression ce serait !

Michel Soudais  • 13 mars 2024
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Une étatisation dangereuse
Bruno Le Maire, à Paris le 12 mars 2024.
© Ludovic MARIN / POOL / AFP.

Il sait être cash, Bruno Le Maire. Et quand il s’agit de nous expliquer, pauvres petits citoyens que nous sommes, la nécessité de tailler dans les dépenses, il n’y va pas par quatre chemins. « Si vous ne touchez pas aux dépenses sociales, vous ne pouvez pas parvenir à l’équilibre des finances publiques », a-t-il ainsi déclaré la semaine dernière dans un long entretien au quotidien Le Monde. Voilà qui est direct. Le plan d’économies de 10 milliards d’euros qu’il était venu annoncer sur TF1 le 18 février, en assurant benoîtement qu’il n’aurait pas d’impact sur la vie des Français, n’était qu’un hors-d’œuvre. Décidé sans la moindre consultation du Parlement.

Dans une « deuxième étape », le sinistre de Bercy envisage un projet de loi de finances rectificative à l’été. Après les élections européennes donc, car c’est là qu’il songe à revoir les dépenses sociales. Puis une « troisième » avec le projet de loi de finances de 2025 « dans lequel nous devrons trouver au moins [sic] 12 milliards d’euros d’économies » supplémentaires. À titre d’exemple, il évoque le transport médical des patients, trop coûteux à ses yeux, et la dérive des dépenses liées aux affections de longue durée. Sans oublier les inévitables « réformes de structures », très prisées par l’Union européenne, à commencer par celle de l’assurance-chômage, déjà évoquée par Gabriel Attal.

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Sur ce sujet, pas de demi-mesure : « Pour ma part, nous dit Bruno Le Maire, je considère que l’État devrait reprendre la main sur l’assurance-chômage de manière définitive. » Mesurons bien les conséquences qu’aurait cette étatisation. Car c’en serait une. En mars 2018, il y a cinq ans, Aurélien Taché, alors député macroniste – il a depuis rejoint Les Écologistes – et rapporteur du premier projet de loi macronien réformant l’assurance-chômage, évoquait ainsi dans un entretien à Mediapart ce projet d’étatisation : « C’est l’impôt qui finance la protection sociale, ce ne sont plus les cotisations […]. Le niveau de protection sociale est fixé chaque année dans le projet de loi de finances. Ce sont les députés qui auront été élus qui fixeront le niveau. »

Reconnaissons la parfaite orthodoxie de Bruno Le Maire avec le projet macroniste originel.

Il rappelait que ce « modèle dit béveridgien » avait « toujours [été] défendu » par Emmanuel Macron durant sa campagne de 2017. Et qu’il serait « la meilleure solution face à une logique assurantielle gérée par une espèce de paritarisme qui ne représente plus grand-chose et qui est assez peu lisible ». Reconnaissons ici la parfaite orthodoxie de Bruno Le Maire avec le projet macroniste originel.

Ce dernier vise en effet à substituer à notre système assurantiel fondé sur une logique de contribution – les salariés cotisent pour acquérir des droits qui leur garantissent en cas de chômage un revenu de remplacement pendant une période donnée – un système présenté comme « universel » où c’est l’appartenance à la communauté nationale qui fonde le droit à une indemnisation du chômage, sans rapport avec les emplois exercés. Un premier pas a été franchi en octobre 2018 avec le remplacement des cotisations salariales chômage par le prélèvement d’une fraction de CSG, un impôt.

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En raison de quoi, si notre régime d’assurance-chômage reste administré par les partenaires sociaux, l’État leur impose de plus en plus ses vues. L’étatisation rêvée par Bruno Le Maire achèverait le basculement d’un régime qui vise le maintien du niveau de vie des personnes privées d’emploi vers un régime qui se contenterait de garantir une protection égalitaire de base, réévaluée chaque année en fonction des aléas budgétaires. Un minimum social, rien de plus. Quelle régression ce serait !

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