« Il est facile de perdre son pays »

Reporter pour le journal russe Novaïa Gazeta, Elena Kostioutchenko ne peut plus retourner en Russie depuis ses reportages sur l’invasion de l’Ukraine en 2022. Dans son livre Russie, mon pays bien-aimé (Editions Noir sur Blanc), elle mêle reportages et récits personnels pour tenter de comprendre comment la Russie est devenue fasciste.

Pauline Mussche  • 6 mars 2024 abonné·es
« Il est facile de perdre son pays »
"Pendant des années, j’ai pensé qu’il suffisait de décrire en détail ce qui se passait. Cela n’a pas fonctionné et je ne pense pas que cela puisse fonctionner. Je pense que malheureusement on ne peut pas arrêter le fascisme uniquement avec des mots."
© Vlad Dokshin

Née en 1987 en Russie, Elena Kostioutchenko a été reporter pendant dix-sept ans pour Novaïa Gazeta, le principal journal russe indépendant, désormais interdit. Après avoir couvert l’invasion russe en Ukraine, elle décide de ne plus retourner en Russie, où elle risque la prison. À l’automne 2022, en Allemagne, elle survit à un empoisonnement. Son travail a notamment reçu le Prix européen de la presse.

Lors de l’invasion russe en Ukraine vous avez une prise de conscience brutale : « les fascistes, c’est nous », écrivez-vous. Quand avez-vous commencé à penser au fascisme pour caractériser la Russie ?

Elena Kostioutchenko : J’y ai pensé pour la première fois en 2013, lors de la loi sur la

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