La semaine de 32 heures en 4 jours, l’idée que plébiscitent les Français

Derrière la semaine de quatre jours se cachent, en réalité, de nombreux paramètres. Si elle ne s’accompagne pas d’une réduction du temps de travail, tout indique qu’elle s’avérerait une fausse bonne idée.

Pierre Jequier-Zalc  • 20 mars 2024 abonné·es
La semaine de 32 heures en 4 jours, l’idée que plébiscitent les Français
© Morgan Housel / Unsplash

Deux salles, deux ambiances. D’un côté, l’entreprise d’informatique LDLC, plus de mille salariés, passée à la semaine de 32 heures en quatre jours depuis 2021. De l’autre, l’Urssaf Picardie, où la semaine de quatre jours sans réduction du temps de travail a été expérimentée début 2023. Dans la première, la mesure a été appliquée à tous les salariés. « C’était tout le monde ou personne », explique Laurent de La Clergerie, le fondateur et patron de LDLC, qui a d’abord pensé à compresser le temps de travail en quatre jours.

« Je me suis vite dit que 8 h 45 par jour, ça ne passerait pas et qu’il fallait donc réduire le temps de travail, sans baisse de salaire. » La suite est connue car LDLC est devenue le modèle français des 32 heures en quatre jours. De bons chiffres de croissance, un turn-over au plus bas, des gains de productivité, des conditions de travail meilleures pour les salariés. Ceux-ci sont ravis. Le patron aussi – il a même écrit un essai : Osez la semaine de quatre jours !

« Du point de vue des entreprises qui ont mis en place cette semaine de quatre jours à 32 heures, les retours sont positifs. Même chose côté salariés. Pour certains, il est même impossible d’imaginer revenir à cinq jours », explique Jean-Yves Boulin, chercheur associé à l’Irisso-université Paris Dauphine, qui enquête actuellement auprès d’entreprises sur la semaine de quatre jours avec réduction du temps de travail.

Dans la seconde salle, la petite musique est bien différente. Début 2023, le ministre des Comptes publics, un certain Gabriel Attal, annonce en grande pompe une expérimentation de la semaine en quatre jours au sein de l’Urssaf Picardie. La grosse différence ? Ce passage ne s’accompagne d’aucune réduction du temps de travail. Mais de la compression des 36 heures hebdomadaire sur quatre jours. Soit des journées de travail atteignant 9 heures, sans compter les temps de trajet et la pause déjeuner, bien sûr. Le test est un « fiasco total », pour reprendre les termes de la directrice adjointe de l’administration picarde, Anne-Sophie Rousseau. Sur les 200 salariés à qui l’on a proposé ce changement, seuls trois s’en sont emparés.

Ces deux exemples, antagonistes, illustrent parfaitement les débats sur la semaine de quatre jours. Promue par certaines franges de la gauche comme par des néolibéraux ou des patrons en manque de personnel, l’expression regroupe, en fait, des réalités bien diverses selon les paramètres retenus. Avec ou sans réduction du temps de travail ? Avec ou sans baisse de salaire ?

Aujourd’hui, la semaine de quatre jours est devenue l’apanage d’une idéologie plutôt libérale. En témoignent les annonces récentes de Gabriel Attal, désormais ­Premier ministre. Lors de son discours de politique générale à ­l’Assemblée nationale, il demande à ses ministres « d’expérimenter la semaine en quatre jours, sans réduction du temps de travail », dans « leurs administrations centrales et déconcentrées ». Le 17 mars, dans La Tribune Dimanche, il annonce vouloir mettre en place « la semaine différenciée » pour les parents divorcés. En quatre jours lorsqu’ils gardent leurs enfants. En cinq quand ces derniers sont chez l’autre parent. Une mesure pour « travailler mieux », selon le Premier ministre.

« Travailler mieux »

Gabriel Attal ne semble toutefois pas franchement disposé à regarder de près les retours d’expérimentations qu’il lance à tour de bras. Car, justement, si le test au sein de l’Urssaf Picardie a été un tel échec, c’est notamment parce que cette semaine « en quatre jours » ne permettait pas de concilier vie professionnelle et vie parentale. Comment, en effet, amener et aller chercher ses enfants à l’école quand une journée de travail dure 9 heures ? Les trois salariées volontaires pour l’expérimentation dans l’administration picarde étaient des femmes sans enfants.

Malgré tout, cette idée de « travailler mieux » est souvent mise en avant par les porteurs de la semaine « en » quatre jours – donc sans réduction du temps de travail. « J’ai observé des secteurs composés essentiellement de métiers d’exécution qui mobilisent la semaine en quatre jours pour attirer de la main-d’œuvre, comme l’hôtellerie-restauration », souligne Pauline Grimaud, postdoctorante en sociologie au Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET), qui enquête actuellement sur la semaine de quatre jours.

Autrement dit, certaines entreprises de métiers dits « en tension » en font un argument de marque pour recruter. « Ce qui est intéressant, c’est que la semaine en quatre jours s’appuie sur l’idée de redonner du sens au travail. Mais elle est principalement portée par des gestionnaires et des responsables RH. Elle devient une politique

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