« L’anti-intellectualisme attaque l’université en tant que contre-pouvoir »

Dans son dernier ouvrage, le sociologue Éric Fassin s’intéresse à la montée de l’anti-intellectualisme. Pour lui, cette tendance est le marqueur d’un régime illibéral, auquel la France d’Emmanuel Macron n’échappe pas.

Tristan Dereuddre  • 4 avril 2024 abonné·es
« L’anti-intellectualisme attaque l’université en tant que contre-pouvoir »
© Mikael Kristenson / Unsplash

Dans son dernier ouvrage, intitulé State anti-intellectualism and the Politics of Gender and Race : Illiberal France and beyond, le sociologue Éric Fassin s’intéresse à la montée de l’anti-intellectualisme. Pour lui, cette tendance, qui se traduit par les attaques récentes des politiques à l’égard du champ universitaire, est un marqueur d’un régime illibéral.

Pourquoi existe-t-il un anti-intellectualisme ambiant en Europe aujourd’hui ? 

L’anti-intellectualisme dont je parle n’est pas un trait culturel, lié par exemple à l’histoire des États-Unis, qui a moins valorisé les intellectuels. C’est un anti-intellectualisme d’État. Il s’agit donc d’une logique politique portée par des gouvernants. On l’a vu avec les attaques contre la – supposée – « théorie du genre » : ce sont les études de genre qui sont visées, dès le début des années 2010, en France, mais aussi plus largement en Europe, et en Amérique latine.

Quelques années plus tard, aux États-Unis, les Républicains s’en prennent aux études critiques sur la race ; en France, le président dénonce l’intersectionnalité. Il ne s’agit donc pas seulement de la France ; mais la France, malgré sa tradition intellectuelle, ne fait pas exception non plus. Il y a

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »
Entretien 22 avril 2026 abonné·es

Pinar Selek : « La mobilisation des Kurdes a créé d’autres possibles au sein de l’espace turc »

La militante féministe et libertaire turque, sociologue à l’université de Nice, raconte sa découverte de la question kurde en Turquie, lutte qui a été pour elle une école d’émancipation individuelle et collective. Et qui lui vaudra incarcération et tortures, avant l’exil en France. Dans son livre Lever la tête, elle témoigne des persécutions subies.
Par Olivier Doubre
« Pourquoi les auteurs ont-ils attendu plusieurs années pour partir de Grasset ? »
Entretien 17 avril 2026 libéré

« Pourquoi les auteurs ont-ils attendu plusieurs années pour partir de Grasset ? »

Fondateur de la maison indépendante et engagée Agone, Thierry Discepolo revient sur l’affaire Grasset et dénonce les effets de la concentration capitalistique dans l’édition.
Par Olivier Doubre
Des poètes pour sauver le monde
Idées 17 avril 2026 abonné·es

Des poètes pour sauver le monde

Aurélien Vandal s’interroge sur le pouvoir de la poésie face aux souffrances, aux inégalités et à l’oppression. Dans un ouvrage très original, il propose huit portraits et textes de « veilleurs » dont les vers apportent un espoir de résistance aux dominations.
Par Olivier Doubre
Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »
Entretien 15 avril 2026 abonné·es

Marc-André Selosse : « S’occuper de la biodiversité est une preuve d’humanisme »

Le professeur de microbiologie au Muséum national d’histoire naturelle plaide pour la reconnexion de notre société au vivant, et l’émergence d’alternatives agroécologiques pour protéger le monde agricole et les citoyens des ravages des pesticides. Dans De la biodiversité comme un humanisme, petit livre très accessible, il allie vulgarisation et la défense de la biodiversité.
Par Vanina Delmas