L’écologie unie face à l’extrême droite

À l’initiative de Reporterre, de nombreuses ONG, penseurs écologistes et militants se sont réunis le lundi 24 juin à Paris. L’objectif : dénoncer l’imposture écologique de l’extrême droite et les dangers de son accession au pouvoir sur l’environnement.

Tristan Dereuddre  • 25 juin 2024
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L’écologie unie face à l’extrême droite
Pour la fondatrice de l’ONG Bloom, Claire Nouvian, un gouvernement d’extrême droite serait « catastrophique » et représenterait un double effondrement, celui de la démocratie et de l’écologie.
© Tristan Dereuddre

Au pied de l’estrade du centre culturel Le Consulat, un petit concert de jazz accompagne l’arrivée des participant.es à l’événement organisé par le média Reporterre. La mélodie harmonieuse de l’orchestre est tapissée par le brouhaha des discussions et des rires. Autour du violoncelle, du saxophone et de la guitare, plus d’une centaine de personnes est réunie dans cette salle du 11e arrondissement de Paris. L’ambiance, festive et détendue, contraste avec un contexte politique oppressant : celui d’une potentielle accession au pouvoir de l’extrême droite le 7 juillet prochain.

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Grande absente de la campagne des élections européennes, l’écologie est une thématique au mieux délaissée, au pire saccagée par le Rassemblement national. Plusieurs ONG et penseurs écologistes ont alors enchaîné les prises de paroles pour dénoncer les dangers et l’imposture que représente l’extrême droite pour le climat, la biodiversité et l’activisme écologiste.

Le scénario du pire

Une vingtaine d’interventions de 2 à 3 minutes se sont ainsi succédé. Pour la fondatrice de l’ONG Bloom, Claire Nouvian, un gouvernement d’extrême droite serait « catastrophique » et représenterait un double effondrement, celui de la démocratie et de l’écologie. Le président de Greenpeace France, Jean François Julliard, lui emboîte le pas : « Il n’y a rien d’écologique dans le programme du RN. On est quasiment dans une forme de climatoscepticisme, au mieux dans l’ignorance de ces sujets. Pour l’écologie, Jordan Bardella à Matignon est le scénario du pire », dénonce-t-il.

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Parmi les points du programme du RN qui irritent les défenseurs de l’environnement, on retrouve l’arrêt des énergies renouvelables, plus de glyphosate, ou encore une augmentation des financements accordés aux énergies fossiles. Pour Lucie Pinson de Reclaim Finance, « la fin du financement des énergies fossiles est la seule mesure capable d’éviter un emballement de la machine climatique et financière, dont les crises toucheront les plus précaires ».

Le RN oscille entre négationnisme climatique et dénigrement scientifique.

Le collectif Scientifiques en rébellion s’est aussi inquiété du mépris du programme du RN vis-à-vis des préconisations du Giec : « Le RN oscille entre négationnisme climatique et dénigrement scientifique. On craint des baisses de budgets drastiques dans la recherche des domaines écologiques, au profit de concepts dénués de toute valeur scientifique comme le Grand remplacement. »

« On a fait sauter les digues, baisser les garde-fous »

Plusieurs intervenant.es se sont offusqué.es du traitement médiatique réservé au militantisme environnemental. « On est passé de bobos à woke, puis à écoterroristes, puis à Khmers verts et aujourd’hui à antisémites ! C’est insupportable », s’indigne Stéphane Kerkhove d’Agir pour l’environnement.

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Claire Nouvian, de Bloom, exprime sa colère contre la manière dont le mouvement écologiste s’est vu diabolisé par Emmanuel Macron et son gouvernement : « On a fait sauter les digues, baissé les garde-fous. Nous ne sommes même plus considérés comme des écoterroristes, certains n’hésitent plus à nous traiter directement de terroristes : on l’a entendu vendredi dans une réunion publique en Bretagne, où l’élu Daniel Cueff a dit que les écolos et les ONG étaient terroristes », s’émeut-elle. À l’automne 2022, en plein épisode de sécheresse, le président de la chambre d’agriculture de Haute-Vienne, Bertrand Venteau, n’avait pas hésité, lui non plus, à qualifier les écologistes de « terroristes ».

Lier justice sociale et climatique

Au-delà des considérations écologiques, scientifiques, sociales et économiques, les valeurs religieuses se sont également invitées à l’événement : « Il y a une incohérence entre la chrétienté et l’extrême droite. À deux niveaux : elle cherche d’abord des boucs émissaires aux crises du monde moderne, comme par exemple les migrants. Pourtant, l’option préférentielle pour les pauvres et les plus marginalisés est un principe fondamental au sein de l’Église », explique Alexandre Poidatz, membre de Lutte et Contemplation. « Le programme de l’extrême droite est contre la transition écologique, à l’heure où le Pape a dit que le monde s’écroule face au réchauffement climatique. L’extrême droite préfère le déni au consensus scientifique, les laisser faire serait suicidaire », poursuit-il.

Tous.tes les intervenant.es de la soirée ont aussi rappelé l’importance de lier justice sociale et justice climatique : « Nous devons limiter l’impact des plus riches en interdisant leurs activités climaticides », indique Attac, tandis qu’Action Justice Climat (anciennement Alternatiba Paris) réaffirme « la nécessité d’un programme politique où climat et social sont indéniablement liés. » Tous.tes ont ainsi insisté sur la nécessité absolue d’aller voter les 30 juin et 7 juillet prochains. Avant d’appeler, de manière unanime, à déposer un bulletin Nouveau Front populaire dans l’urne.

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