Front de la jeunesse populaire : « On n’est pas là simplement pour faire barrage »

Après une tribune signée par plus de 6 000 jeunes des quartiers et des campagnes populaires, Politis a interrogé Mariam Touré, l’une des porte-parole de cette organisation qui appelle à se mobiliser pour le Nouveau Front populaire.

Hugo Boursier  • 14 juin 2024
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Front de la jeunesse populaire : « On n’est pas là simplement pour faire barrage »
Rassemblement place de la République, à Paris, le 11 juin 2024, le soir de l'annonce d'une union de la gauche pour les législatives de juin et juillet.
© Maxime Sirvins

Des mesures claires en direction des jeunes. C’est ce qu’exige du Nouveau Front populaire, la nouvelle coalition de gauche, le « Front de la jeunesse populaire », une organisation fraîchement issue des quartiers. Après une tribune parue dans Libération et signée par plus de 6 000 jeunes, dont de nombreuses personnes vivant aussi dans des zones rurales, ce « Front », qui affirme avoir plusieurs référents dans les départements franciliens et des soutiens sur tout le territoire, commence le tractage. C’est ce que décrit Mariam Touré, l’une des trois porte-parole du collectif, à Politis.

Votre tribune, signée par plus de 6 000 jeunes, signale-t-elle que vous ferez campagne sur le terrain pour le Nouveau Front Populaire ?

Mariam Touré : L’immense succès de notre texte nous engage d’une façon très forte. Au regard des programmes des partis composants le Nouveau Front populaire, il est clair que c’est une coalition qui représente le plus nos valeurs humanistes. Toutefois, nous attendons des mesures fortes et des représentants dignes de ce nom. Nous ne pouvons faire appel aux jeunes s’ils ne peuvent pas se retrouver sur un programme clair et qui les concerne.

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Comment allez-vous procéder pour mobiliser une jeunesse fortement traversée par l’abstention ?

Notre approche sera surtout pédagogique. On veut sensibiliser. On veut apprendre aux jeunes qu’ils ne représentent pas seulement des cartes électorales : ce sont des citoyens à part entière et ils doivent être un minimum convaincus par les programmes des partis politiques. Ce sont des habitants de ce pays. Ce sont des citoyens. Ils ont toute la légitimité de voter et de porter des idées politiques et des valeurs. Ils sont essentiels à cette société. Il faut que les jeunes des quartiers populaires soient plus reconnus, que l’islamophobie soit réellement dénoncée et qu’il y ait des mesures fortes contre les violences policières.

On veut des mesures claires, concrètes, précises et qui nous concernent.

On va aussi sensibiliser les jeunes sur les dangers de l’extrême droite, qui veut nous supprimer du champ de la citoyenneté. Mais clairement, on n’est pas là simplement pour faire barrage. On veut agir sur notre destin. C’est pourquoi on veut rencontrer les cadres du Nouveau Front populaire pour qu’il propose des mesures fortes aux problèmes sociaux et politiques auxquels nous sommes confrontés.

Quelle est votre stratégie sur le terrain ?

On a commencé à mettre en place une organisation pour des opérations de tractage. Aussi, comme c’est l’Aïd dimanche, on a échangé avec des imams de plusieurs mosquées pour qu’ils sensibilisent aux dangers très concrets que l’extrême droite pourrait avoir sur nos vies. On veut aborder des choses simples : la galère sociale, les discriminations, les problèmes pour se nourrir, se loger, étudier, et la manière dont la droite et l’extrême droite ont contribué ensemble à mettre en place ce système-là. Pour ce faire, on a pour l’instant 5 référents dans chaque département d’Île-de-France et des soutiens dans toute la France, dont nombreux sont issus des milieux ruraux.

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Comment imaginez-vous faire le lien avec des jeunes des campagnes populaires ?

Même si certains partis essaient de nous séparer et de nous regrouper dans des catégories bien distinctes, ce n’est pas le cas. Les jeunes des quartiers populaires et ceux qui vivent dans des campagnes vivent les mêmes réalités sociales. On a cours dans les mêmes écoles, on est confrontés très souvent aux mêmes problèmes. Si les jeunes des quartiers populaires sont plus ciblés par les mesures de l’extrême droite, ceux des campagnes, au nom des valeurs françaises de liberté, d’égalité et de fraternité partagent notre combat et soutiennent notre initiative.

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Pour les européennes, 60 % des 18-24 ne sont pas allés voter. Comment analysez-vous l’abstention très forte les jeunes ?

Il y a un traumatisme d’une République qui n’a que le nom, dans les quartiers populaires. Comment croire en la politique quand un parti, qui s’appelle Les Républicains, veut « nettoyer » nos quartiers ? Les nettoyer de quoi ? De nous ? À gauche, les représentants n’ont pas toujours été très clairs. On fait souvent face à un discours ambigu. Aujourd’hui, on ne veut pas voter pour « le moins pire des partis ». On veut des mesures claires, concrètes, précises et qui nous concernent.

Comment croire en la politique quand un parti, qui s’appelle Les Républicains, veut « nettoyer » nos quartiers ?

Les premières mesures du Nouveau front populaire vous ont-elles convaincues ?

Oui, l’augmentation du SMIC, ou le sujet de la pénibilité, par exemple, cela nous touche, forcément. Les personnes qui touchent le SMIC occupent des métiers durs, et ce sont souvent des métiers occupés par des habitants des quartiers populaires. Les mesures sur l’écologie aussi. Salaire, repas, bourse, scolaire, logement, écologie, la jeunesse populaire est toujours la première impactée. C’est pour cette raison que l’on veut avoir un impact réel sur le programme du Nouveau Front populaire.

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