« C’était une évidence, je devais m’engager »

Électrice dans la 7e circonscription de l’Oise, Bénédicte Blanco s’est activement mobilisée lors des législatives.

• 15 juillet 2024
Partager :
« C’était une évidence, je devais m’engager »
© Pierre Jequier-Zalc

Électrice dans la 7e circonscription de l’Oise, Bénédicte Blanco s’est activement mobilisée lors des législatives. Avec d’autres, elle a sillonné villes et villages pour faire la campagne du candidat du Nouveau Front populaire et éclairer ses concitoyens sur la réalité du Rassemblement national.


Je refais surface doucement après le choc des résultats des élections européennes, de la dissolution et d’une campagne en trois semaines. Oui, tout cela a été éprouvant nerveusement et physiquement pour tous ceux qui se sont engagés dans cette folle bataille contre l’extrême droite. Personnellement, je ne pouvais pas rester sans agir. Je ne m’étais jamais engagée politiquement jusqu’à ce jour mais, cette fois-ci, c’était une évidence. Il fallait se battre pour défendre les valeurs auxquelles je suis attachée et que je défends dans le monde associatif.

Loïc Pen, médecin urgentiste, candidat NFP avec l’étiquette PCF, était le seul qui avançait des idées de solidarité, de justice et de fraternité, sans oublier les minorités en grand danger. Nous savons depuis quelques années que le département de l’Oise et tous les Hauts-de-France ont pris une couleur brune, et il faut du courage aux rares députés de gauche pour lutter. En face de lui se présentaient un député sortant LR et un candidat RN que personne ne connaît.

Sur le même sujet : Dans l’Oise, la difficile persuasion des électeurs du Rassemblement national

Loïc Pen pouvait compter sur de nombreuses personnes engagées ou non, et surtout bien organisées. Il y avait des militants politiques, syndicaux, associatifs, novices ou aguerris, et ensemble nous avons œuvré pour couvrir les villes et villages de la circonscription. Nous étions riches de nos expériences différentes selon nos engagements. Cela nous a permis de bousculer les esprits en faisant la clarté sur les vrais visages du RN, de conduire certains à s’interroger et peut-être changer d’avis.

J’ai fait du porte-à-porte dans les immeubles, du boîtage dans les villages, les sorties d’école pour parler avec les parents, les marchés pour aller à la rencontre des habitants, du décollage et collage d’affiches. À raison de 15 à 20 kilomètres, par jour sans compter les étages des immeubles. Cette campagne a mis à rude épreuve mon corps et mon énergie d’enseignante à la retraite depuis peu.

Nous allons continuer à lutter contre les idées du RN.

L’élection de notre candidat semblait possible à l’issue du premier tour si le député sortant, arrivé en troisième position, s’était désisté afin de faire barrage au RN. Mais il n’a rien fait pour éviter une triangulaire malgré les appels de part et d’autre à son retrait. Conclusion : le candidat RN a été élu et vient encore ajouter un peu de brun sur les Hauts-de-France. Les résultats des votes des villages ruraux de notre circonscription sont sans appel. Dur réveil… Pas trop envie de croiser nos voisins dans notre village et autour de nous.

Sur le même sujet : Des départements se mettent hors la loi en refusant d’accueillir des mineurs étrangers

Mais nous allons continuer à lutter contre les idées du RN. Pour moi, cela passe par l’engagement associatif, commencé il y a plusieurs années. Après un engagement dans la communauté Emmaüs locale, des amis et moi avons créé il y a quatre ans Cent pour un toit Oise. Nous mettons à l’abri des mineurs non accompagnés qui sont à la rue faute d’avoir été reconnus mineurs par l’aide sociale à l’enfance de notre département. Nous les logeons et les accompagnons dans leurs démarches afin qu’ils puissent formuler des recours auprès des juges. Les délais sont de plusieurs mois. En attendant, ils ne peuvent pas être scolarisés mais suivent des cours de français.

« Avec la nouvelle loi immigration, les dossiers n’avancent plus. »

Notre capacité d’accueil est de huit jeunes alors que nous recevons des demandes tous les jours. Sept jeunes sur dix n’ont pas choisi de faire le « voyage ». Ils subissent des décisions prises par leurs familles. Ils ont tous un grand désir de s’insérer, d’aller à l’école, d’apprendre un métier et font preuve de beaucoup de courage et de volonté. Depuis quelques mois, avec la nouvelle loi immigration, les dossiers n’avancent plus. Et à la suite des élections, qu’ils ont suivies avec intérêt, les jeunes sont très inquiets pour leur situation, et nous également.

Hasard du calendrier, la semaine précédant le 7 juillet, un groupe de danseurs et de musiciens de Côte d’Ivoire était dans notre ville pour animer un stage de danse. Nos jeunes étaient invités pour partager des moments avec eux et les stagiaires. Ils ont passé de très bons moments ensemble, avec beaucoup de fraternité, de bienveillance et de bonne humeur.

Sur le même sujet : « Est-ce qu’on va nous poursuivre comme des bêtes ? »

Samedi 6 juillet, sur le marché, les danseurs ont fait une prestation publique. Il y avait de la musique, des costumes traditionnels ivoiriens, de la bonne humeur, du soleil, des passants qui s’arrêtaient, des enfants qui dansaient. C’était une belle bouffée d’oxygène et de fraternité en cette veille du second tour. Et puis, dans le public, j’entends une réflexion qui me ramène vite à la réalité. Une dame dit à son mari : « Tu te rends compte que dans quelques années on sera tous obligés de s’habiller comme eux » et ils s’en vont. Ça fait froid dans le dos. Nous allons continuer plus que jamais à lutter pour les droits de chacun.

Recevez Politis chez vous chaque semaine !
Abonnez-vous
Publié dans
Carte blanche

La carte blanche est un espace de libre expression donné par Politis à des personnes peu connues du grand public mais qui œuvrent au quotidien à une transformation positive de la société. Ces textes ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction.

Temps de lecture : 5 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Nous, covictimes de féminicide, sommes invisibles aux yeux de beaucoup »
Carte blanche 18 février 2026

« Nous, covictimes de féminicide, sommes invisibles aux yeux de beaucoup »

Depuis le féminicide de leur mère à Gagny, Abir, Amel et Sihame ainsi que leurs proches survivent dans un quotidien marqué par le traumatisme, la précarité et le manque de soutien institutionnel. Elles réclament aujourd’hui justice, reconnaissance et des mesures concrètes pour que les covictimes de féminicide ne soient plus abandonnées.
« Notre seul crime est de chercher protection »
Carte blanche 6 février 2026

« Notre seul crime est de chercher protection »

Kawar Mustafa a tout perdu pour rester en vie. Ancien gestionnaire de camp pétrolier, il a fui son pays après des menaces graves. Il croyait trouver refuge au Royaume-Uni ; il y a trouvé la violence et la déshumanisation. Aujourd’hui, il témoigne pour rappeler une vérité essentielle : demander l’asile n’est pas un crime.
« Les géants de la pétrochimie doivent répondre de leurs actes »
Pollution 4 février 2026

« Les géants de la pétrochimie doivent répondre de leurs actes »

Manon Greliche est l’une des 200 riverains de la « vallée de la chimie », au sud de Lyon, qui ont assigné en justice deux industriels émetteurs de polluants éternels (PFAS), Arkema et Daikin Chemical. À 35 ans, elle se lance dans ce procès inédit, tout en luttant contre un cancer des poumons métastasé.
Femmes issues de la communauté des gens du voyage : « On nous refuse le droit de vote »
Racisme 3 février 2026

Femmes issues de la communauté des gens du voyage : « On nous refuse le droit de vote »

À l’approche des municipales de 2026, des familles de gens du voyage se voient refuser l’inscription sur les listes électorales au motif de leur mode d’habitat. Une discrimination qui exclut des citoyens français du droit de vote, dénoncée par le collectif Da So Vas.