Après ça… continuons !

La lutte contre le fascisme ne tolère pas de pause estivale. Les vacances sont un temps idéal pour mettre au point des dispositifs pour répondre à toute la litanie des raisons de voter RN. Il s’agit de participer à une révolution culturelle et politique.

Rose-Marie Lagrave  • 23 juillet 2024
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Après ça… continuons !
Rassemblement place de la République, au soir du 1er tour des élections législatives, le 30 juin 2024.
© Maxime Sirvins

Après ça, après un bref soulagement salutaire juste le temps de partager un verre, pas question de baisser les bras, impuissants qu’ils ont été à renvoyer le RN hors des bancs de l’Assemblée nationale, ou à tout le moins à ne lui concéder que peu de strapontins. Qu’on nous laisse savourer le temps de la victoire, me direz-vous, et partir en vacances pour se refaire une belle énergie pour la rentrée. Eh bien non, pas de vacances quand la progression des votes RN brunit à ce point la carte de France ! Atterré·es nous avons été, atterré·es nous sommes plus encore en constatant l’inefficacité de nos engagements, prise de conscience qui tombe à pic si l’on veut relancer collectivement une lutte sans merci contre le RN.

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Cet examen commence par un mea culpa laïque dont je m’acquitte au tout premier chef. Sortir de l’entre-soi, sortir de soi, sortir des espaces connus qui nous sont par avance politiquement réceptifs. Si je porte un regard réflexif sur mes engagements et lieux militants, je m’aperçois qu’ils concernent tous le champ intellectuel, et il n’est pas jusqu’à cette chronique mensuelle qui ne participe à prêcher des converti·es. Quoi de plus banal, certes, pour qui est sociologue, de s’accommoder de son aire de jeux, puisqu’on milite surtout à partir de son lieu de travail et selon ses compétences ?

Il n’est plus question de se contenter de sa feuille de salade triturée dans tous les sens.

Mais il suffit. Il n’est plus question de se contenter de sa feuille de salade triturée dans tous les sens. Il faut désormais faire un pas de côté, se déporter, se décentrer là où le RN progresse et entrer en résistance permanente. Nos armes à nous, gens des sciences sociales, c’est l’écoute et la parole : il est grand temps de comprendre sans excuser la bascule de certains de nos concitoyen·nes les plus démuni·es qui votent contre leur intérêt, comme on dit. En conséquence, les vacances sont un temps idéal pour mettre au point des dispositifs pour répondre à toute la litanie des raisons de voter RN débitée depuis des mois, afin que le leitmotiv « on ne l’a pas encore essayé » ne soit pas transformé en essai.

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La lutte contre le fascisme ne tolère pas de pause estivale. Sur la plage, dans un gîte, en randonnée, il faut susciter des rencontres avec des villageois ou des estivants avec qui on peut raisonner, en essayant de trouver les arguments, le ton ajusté et même l’empathie si l’on ne veut pas ajouter une couche de mépris de classe à l’égard de personnes souvent en situation de déclin social et en manque de considération. Il faudrait inventer des interventions citoyennes collectives permanentes pour ne pas en rester à la compréhension – des publications ont déjà documenté ce « choix » partisan – et organiser des débats entre opposant·es sur le terrain pour élaborer des solutions.

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Bref, il s’agit de participer à une révolution culturelle et politique qui pénètre au fin fond des campagnes et dans les officines et bars d’extrême droite pour redonner de l’espoir et de la dignité à celles et ceux qui, faute d’avoir été socialement et politiquement reconnu·es, se classent sous le vocable « patriote ». Et si le temps des zhiqing (« jeunes instruits ») à la campagne et dans les usines était revenu ? Sans Mao bien sûr, non pour prêcher la juste ligne politique mais pour construire démocratiquement, avec d’autres que nos clones, une société sans taches brunes.

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