L’avenir incertain des Gazaouis réfugiés au Caire

Près de 100 000 Palestiniens ont fui la bande de Gaza vers l’Égypte depuis le début de la guerre. Installés au Caire, la majorité vivent sans permis de résidence et privés de droits.

Céline Martelet  et  Alexandre Rito  • 3 juillet 2024 abonné·es
L’avenir incertain des Gazaouis réfugiés au Caire
Israa, Jolie et Jamal sont réfugiés au Caire, tandis qu’Ahmed, le père de famille, est bloqué à Gaza.
© Alexandre Rito

Dans un appartement en périphérie du Caire, Jolie ne tient pas en place, parle sans cesse comme s’il fallait combler le douloureux silence des adultes qui l’entourent. Jolie a 3 ans et des boucles blondes qui lui tombent sur le visage. La petite fille est née dans la ville de Gaza. Un bombardement de l’armée israélienne a pulvérisé sa maison en octobre 2023. Avec sa famille, elle a dû fuir à plusieurs reprises pour rester en vie, connu les nuits au rythme des frappes aériennes, la faim, le froid et la peur. Cette peur qui paralyse les adultes comme les enfants, piégés dans une guerre qui semble sans fin.

Quand elle entend un avion. Elle panique et met ses mains sur ses oreilles.

Israa

Assise dans un coin de la pièce, Israa, la mère de Jolie, parle peu. Elle sourit seulement lorsque la petite fille la regarde. « Quand elle entend un avion. Elle panique et met ses mains sur ses oreilles. Elle pense qu’ils sont tous comme ceux de Gaza, qu’ils larguent des bombes. Je lui explique qu’ici en Égypte les avions transportent des gens qui voyagent », raconte la mère de famille de 29 ans. Trouver les mots semble difficile pour elle : « Vous savez, moi aussi j’ai toujours peur. »

Israa est sortie de la bande de Gaza le 26 avril avec Jolie et son grand frère Jamal. Il a fallu payer 13 000 dollars à des passeurs qui, avec la complaisance des autorités égyptiennes, se cachent derrière des agences de voyages basées au Caire. Ahmed, le père de Jolie, est toujours bloqué dans l’enclave palestinienne. « On n’avait pas assez d’argent pour faire sortir toute la famille d’un coup. Depuis, j’ai peu de nouvelles de mon mari. Physiquement, je suis ici en Égypte pour mes enfants. Mais mon cœur est toujours dans la bande de Gaza », confie Israa.

Le couple s’était promis de ne jamais se séparer mais, face à la menace de famine, il a fallu faire un choix pour sortir les enfants en priorité. Le piège s’est refermé sur Ahmed le 7 mai. Ce jour-là, Israël a pris le contrôle du point de passage de Rafah, unique porte de sortie vers l’Égypte. Impossible désormais de quitter l’enclave palestinienne. Au Caire, Israa se retrouve seule. La jeune femme ne sort quasiment pas, paralysée par l’angoisse. Enfermée dans son traumatisme. « Je n’ai toujours pas trouvé de mots pour décrire ce qu’on a vécu. Comment puis-je en parler avec mes enfants ? » lâche la Palestinienne pendant que Jolie gribouille sur une feuille blanche, allongée sur le sol.

À Gaza, la petite fille devait faire sa première rentrée scolaire. En Égypte, elle ne pourra pas aller à l’école : le permis de résidence de la famille a expiré. « Je n’ai aucune idée de ce qu’on va devenir », soupire sa mère. Une nouvelle prison après neuf mois de guerre et dix-sept ans de vie sous blocus israélien dans la bande de Gaza.

Aucune mesure d’accueil

Selon les autorités égyptiennes, depuis le début de la guerre, entre 80 000 et

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Temps de lecture : 9 minutes

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