Avec Michel Barnier à Matignon, les droites en mode fusion

La désignation au poste de premier ministre de cette figure aux positions radicales précède la création d’une union des libéraux et conservateurs. La Macronie pourrait ainsi marcher dans le sillage de l’extrême droite.

Lucas Sarafian  • 10 septembre 2024 abonné·es
Avec Michel Barnier à Matignon, les droites en mode fusion
En 2021, Michel Barnier avait proposé un « moratoire » sur l’immigration.

Et si c’était le dernier des gaullistes du pays qui arrivait à fracasser le paysage de la droite en France ? En nommant à Matignon Michel Barnier, qui se définit comme un libéral proeuropéen, Emmanuel Macron essaie, tant bien que mal, d’éviter une cohabitation qui s’inscrirait frontalement en opposition avec sa politique économique et sociale. Le chef de l’État était à la recherche d’un « parfum de cohabitation » ou d’une « coexistence exigeante ». Mais accepter l’analyse ­élyséenne serait ignorer une grande partie des positionnements du nouveau premier ministre.

Car, ces dernières années, Michel Barnier, issu d’une famille politique qui a refusé de faire front républicain entre les deux tours des législatives, s’est plutôt illustré avec des positionnements bien en phase avec la droite radicale sur les sujets régaliens. Candidat à la primaire de la droite en 2021, il propose un « moratoire » sur l’immigration pour freiner les régularisations et le regroupement familial, plaide pour le retour des peines planchers, ne s’empêche pas d’établir un lien entre les flux migratoires et le terrorisme, et défend la suppression du droit du sol à Mayotte. Loin du « gaullisme social » qu’il revendique.

Depuis sept ans, le chef de l’État s’emploie à aspirer l’électorat de droite, tentant de pousser l’espace idéologique macroniste en dehors du bloc central, en phase d’effritement depuis 2022. Mais en choisissant une personnalité aux positions compatibles avec le Rassemblement national (RN), Emmanuel Macron construit un pont volontaire avec l’extrême droite.

L’analyse est presque assumée au sein des troupes macronistes : « Michel Barnier est un grand Européen. C’est quelqu’un qui a une expérience de l’État très forte et qui permettra, avec [ses] prises de position en matière de sécurité et d’immigration, de répondre à la colère des Français qui s’est exprimée chez les électeurs du Rassemblement national », estime Mathieu Lefèvre, député Ensemble pour la République (EPR) et proche de Gérald Darmanin.

Le RN en position d’arbitre

À droite et au sein du bloc central, le poids de l’assentiment du RN dans le choix du premier

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Au procès en appel du FN-RN, le parquet dénonce « un discrédit de l’action judiciaire »
Justice 4 février 2026 abonné·es

Au procès en appel du FN-RN, le parquet dénonce « un discrédit de l’action judiciaire »

Au terme de plusieurs heures de réquisitions, le parquet général a demandé à la cour d’appel de confirmer l’essentiel des condamnations prononcées en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires du parti lepéniste. Les magistrats ont également longuement dénoncé une stratégie politique visant à dénigrer l’institution judiciaire.
Par Maxime Sirvins
« Le RN est une entreprise débile, au sens étymologique du terme »
La Midinale 3 février 2026

« Le RN est une entreprise débile, au sens étymologique du terme »

Bernard Pudal, professeur émérite de science politique à l’université Paris-Nanterre, co-auteur avec Patrick Lehingue de Du FN au RN. Les raisons d’un succès (PUF), est l’invité de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien
« Je dis à Jean-Luc Mélenchon : viens dans la primaire ! »
La Midinale 3 février 2026

« Je dis à Jean-Luc Mélenchon : viens dans la primaire ! »

Trump, Kurdistan, Iran, proposition de loi sur la réquisition des bâtiments vacants, primaire de la gauche : Danielle Simmonet, députée de Paris, membre de L’Après, est l’invitée de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien
« Sans l’action publique, un tiers des Parisiens ne pourraient plus vivre dans la capitale »
La Midinale 2 février 2026

« Sans l’action publique, un tiers des Parisiens ne pourraient plus vivre dans la capitale »

La capitale peut-elle être une ville populaire ? Paris appartient-elle aux milliardaires ? Quel positionnement par rapport au projet de Sophia Chikirou ? Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche et des écologistes à la mairie de Paris, est l’invité de « La Midinale ».
Par Pablo Pillaud-Vivien