À Lyon, les femmes sans toit donnent de la voix

Au sein d’un collectif, des mères de famille sans abri cherchent elles-mêmes des solutions de logement face à des pouvoirs locaux dépassés. Malgré leurs promesses de campagne, les écologistes peinent à répondre aux besoins.

Oriane Mollaret  • 9 octobre 2024 abonné·es
À Lyon, les femmes sans toit donnent de la voix
Sarah au mégaphone devant le siège de Grand Lyon Habitat.
© Oriane Mollaret

Quand Sarah a « fui la mort » qui l’attendait au Congo-Kinshasa, elle ne s’attendait pas à trembler de nouveau de peur en France. Après un passage en Grèce, qui lui accorde un titre de séjour mais pas de logement, et encore moins un travail, elle atterrit à Lyon. À la rue, elle remarque un jour que quelque chose a changé chez sa voisine de trottoir. « Elle était toute belle, toute propre, se souvient-elle en riant. Je lui ai demandé son secret et elle m’a parlé du collectif. »

C’était en décembre 2023. Un an plus tard, Sarah a changé, elle aussi. Fièrement campée sur ses pieds, son petit garçon dans le dos, elle hurle à plein poumons dans un mégaphone en direction du siège de l’organisme public Grand Lyon Habitat. « Descendez parler avec les femmes ! Le 13 octobre, on ne sortira pas ! » Depuis le 18 juin, 80 personnes sans-abri, dont Sarah, se sont installées dans un bâtiment vacant du IXe arrondissement de Lyon, propriété du bailleur social. Ce dernier a demandé leur expulsion. Sarah, Raouia, Fahtia et toutes les autres, réunies au sein du collectif Solidarité entre femmes à la rue, ont décidé de faire front.

Certaines vivaient dans la rue, en squat ou se cachaient dans des cages d’escalier.

À l’origine de ce collectif, trois Lyonnaises. Camille et Clara, du collectif Droit au logement 69, et Juliette Murtin, une enseignante de Jamais sans toit, un réseau qui héberge les élèves sans abri dans des écoles. Lors des réunions relatives à la situation des squats lyonnais, elles remarquent que les femmes, invisibles dans la rue, sont également inaudibles. « Les habitantes ne prennent jamais la parole alors que nous avons constaté une augmentation de la proportion de femmes parmi les personnes sans abri », note Juliette Murtin. Elles réfléchissent alors à un espace qui leur serait consacré, pour visibiliser leur présence et leur octroyer une place active dans les luttes.

Le bouche-à-oreille est efficace. Fin avril 2023, le collectif Solidarité entre femmes à la rue organise sa première réunion non mixte. « Il y avait une vingtaine de femmes. Certaines vivaient dans la rue, en squat ou se cachaient dans des cages d’escalier, d’autres étaient hébergées avec leurs enfants dans des écoles ou par des tiers. » Les rares pères présents adhèrent sans difficulté au concept et gardent les enfants. Un an et demi plus tard, les réunions hebdomadaires ne désemplissent pas. « Il y a entre 40 et 80 femmes à chaque fois, je dois réserver un amphi ! »

Une stratégie d’occupation qui porte ses fruits

L’été 2023 a été un catalyseur. Le nombre de personnes à la rue explose, les écoles qui hébergeaient les familles ferment, les

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société
Publié dans le dossier
Sortir les mères isolées de l’ombre
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

Pour que MeToo éclate dans la grève féministe
MeToo 9 juillet 2026

Pour que MeToo éclate dans la grève féministe

Dix ans après MeToo, alors que les violences continuent et que les réactionnaires s’arc-boutent sur leurs privilèges, ce texte appelle à refonder le féminisme comme force collective, décoloniale, transféministe et profondément démocratique.
Par Toni Viot
Expulsion « imminente » d’un homme vers le Soudan : la justice l’interdit, l’administration s’acharne
Exclusif 7 juillet 2026 abonné·es

Expulsion « imminente » d’un homme vers le Soudan : la justice l’interdit, l’administration s’acharne

Malgré l’annulation par le juge administratif d’un arrêté préfectoral fixant le Soudan comme « pays de renvoi », Politis révèle que la préfecture de police de Paris met tout en œuvre pour expulser un homme vers ce pays, en proie à une guerre civile. Son avocat craint une expulsion imminente.
Par Pauline Migevant
Youlie Yamamoto : « Notre mission, réunir les forces sociales »
Entretien 3 juillet 2026 abonné·es

Youlie Yamamoto : « Notre mission, réunir les forces sociales »

À la veille d’une élection présidentielle sous haute tension, la porte-parole d’Attac nous livre son analyse de la situation politique et les leviers d’une mobilisation sociale plus que jamais. Interview dessinée.
Par Ana Pich
10 idées pour refonder la gauche et combattre l’extrême droite
Idées 3 juillet 2026

10 idées pour refonder la gauche et combattre l’extrême droite

Dans un contexte social et international fragilisé, la gauche doit reconstruire un projet crédible et mobilisateur.Entre propositions pour renforcer les services publics, la justice sociale et le droit international, et démentis des discours de l’extrême droite, dix points qui esquissent les conditions d’une alternative politique.
Par Fondation Copernic