La PMA pour toutes, vraiment ?

En 2021, la loi bioéthique ouvrait la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes seules. Mais, faute d’anticipation et de moyens, les parcours sont souvent ardus et discriminatoires.

Zoé Neboit  • 15 novembre 2024 abonné·es
La PMA pour toutes, vraiment ?
Lors d’une manifestation à Paris le 23 mars 2023. Dans les faits, mieux vaut être blanche, mince et CSP + pour avoir accès à la PMA.
© Estelle Ruiz / Hans Lucas / AFP

« Les lesbiennes ont milité dix ans pour cette loi. Quand elle est arrivée, il était trop tard pour moi. » Luce (1) se souvient. La promesse de campagne de François Hollande en 2012, puis celle du candidat Emmanuel Macron en 2017. Les manifs, les tribunes, l’humiliation et, enfin, cette loi en 2021. Luce venait de souffler ses 41 bougies. Devenir mère a toujours été une évidence pour elle, tout comme pour sa compagne de l’époque. Lorsqu’elles se présentent dans un Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos), le personnel dit à Luce qu’elle est trop âgée.

Pourtant, le texte fixe la limite d’accès à la PMA à 45 ans (43 ans pour un prélèvement d’ovocytes). À l’étranger, elle se plie à une batterie de tests et tous les voyants sont verts : analyses sanguines, réserve ovarienne, hormones. Mais le coût d’un parcours à l’étranger est trop lourd. Contrainte à se tourner vers une PMA « artisanale », elle fait plusieurs tentatives, infructueuses, jusqu’à sa séparation et l’abandon du projet. Luce décrit son parcours comme « une série de deuils, de vrais deuils à chaque fois. J’en pleure encore ».

La PMA est-elle vraiment pour toutes ? La loi bioéthique du 2  août 2021 garantit son accès à « tout couple formé d’un homme et d’une femme ou de deux femmes ou toute femme non mariée ». Mais elle occulte totalement les personnes trans et intersexes, en n’envisageant pas, par exemple, qu’un homme trans puisse tomber enceint alors que c’est biologiquement possible.

« Une personne trans peut devoir choisir entre un changement d’état civil et un parcours PMA, en particulier si c’est un homme qui veut mener une grossesse, ce qui donne lieu à des situations absurdes », explique Lisa Carayon, maîtresse de conférences en droit et membre du Groupe d’information et d’action sur les questions procréatives et sexuelles (Giaps), à l’origine de plusieurs recours devant le Conseil d’État.

Délais à rallonge

Plus largement, de nombreuses associations déplorent des délais d’attente affolants ainsi qu’un manque général de moyens et d’organisation donnant lieu à des discriminations d’accès. « Cette loi n’est pas aboutie », tempête Virginie Rio, cofondatrice du collectif BAMP ! Pour cette dernière, l’ouverture de la PMA, « dans le bruit et la fureur » des débats parlementaires, était aussi tardive que mal préparée. En 2021, 3,3 millions d’euros de crédits d’amorçage, puis une enveloppe supplémentaire de 8 millions échelonnés sur deux ans sont débloqués pour augmenter les capacités des 29 Cecos. Des financements « très insuffisants » pour Virginie Rio.

À l’époque ministre de la Santé, Olivier Véran promet dans Têtu de

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

« Contre l’internationale réactionnaire, il existe une soif transfrontalière de résistance »
Rassemblement 28 janvier 2026 abonné·es

« Contre l’internationale réactionnaire, il existe une soif transfrontalière de résistance »

Fondé en mai par le député de Paris Pouria Amirshahi (apparenté Écologiste et social), le mouvement La Digue s’emploie à constituer un front transpartisan contre le mouvement fascisant emmené par Donald Trump. En appelant à un rassemblement, soutenu par la Ligue des droits de l’Homme, « en solidarité avec le peuple américain », sous le coup de la répression de la police de l’immigration, ce mercredi, à Paris.
Par Olivier Doubre
« Tout est fait pour invisibiliser les expulsions »
Entretien 27 janvier 2026 abonné·es

« Tout est fait pour invisibiliser les expulsions »

L’anthropologue Clara Lecadet décrit comment les personnes expulsées de France ou d’Europe s’organisent pour donner une visibilité politique à leur situation dans l’espace public de leur pays d’origine ou de renvoi.
Par Pauline Migevant
« Ils m’ont attaché les pieds, les mains, tout était enchaîné »
Témoignage 27 janvier 2026

« Ils m’ont attaché les pieds, les mains, tout était enchaîné »

Arrivé en France à l’âge de 16 ans, Mouminy a été visé par trois OQTF entre ses 18 et ses 22 ans. Après avoir été expulsé en Guinée en 2018, il a pu revenir en France légalement, grâce à des réseaux de solidarité.
Par Pauline Migevant
Expulsés par la France après des OQTF, ils témoignent
Enquête 27 janvier 2026 abonné·es

Expulsés par la France après des OQTF, ils témoignent

D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, en 2025, 15 569 personnes ont subi des « éloignements forcés » depuis la France, dont 8 646 vers leur pays d’origine. Six personnes expulsées par la France témoignent des conséquences sur leur vie et celle de leurs proches des retours forcés dans leur pays.
Par Pauline Migevant