Le regret maternel, indicible tourment

En 2017, la sociologue israélienne Orna Donath consacre un livre à un impensé des sciences sociales : la souffrance ressentie par certaines femmes de ne pas avoir fait un choix éclairé en enfantant. Un sentiment ambivalent et destructeur, car le plus souvent vécu en silence.

Salomé Dionisi  • 18 novembre 2024 abonné·es
Le regret maternel, indicible tourment
© Jordan Whitt / Unsplash

 « Tu es sûre que tu ne vas pas regretter ? » Combien de fois un adulte qui n’a pas d’enfant a-t-il entendu cette phrase ? Combien de femmes sur le point d’avorter se sont heurtées à cette question ? S’il est communément admis que le regret de ne pas avoir d’enfant existe, le regret d’en avoir est tabou.

Pourtant, certaines femmes regrettent leur maternité malgré l’amour qu’elles portent à leurs enfants. Elles rejettent ce que la maternité a fait d’elles. Elles souffrent de ne pas avoir fait un choix éclairé en devenant mères, parce qu’elles ignoraient qu’elles pourraient le regretter. Pour pouvoir envisager une situation, encore faut-il savoir qu’elle existe. Et mettre un nom dessus.

C’est la sociologue Orna Donath qui met des mots sur ce sentiment pour la première fois. Après plusieurs années d’entretiens avec des mères âgées de 26 à 73 ans, elle publie en 2019 Le Regret d’être mère. Une plongée dans les tourments de femmes qui, loin d’être de « mauvaises mères », ont été poussées vers une vie qui ne leur ressemble pas.

Cet ouvrage est déroutant tant les profils des femmes interrogées contredisent nos préjugés : elles viennent de tous les milieux sociaux, ne sont pas tombées enceintes à l’adolescence, n’ont pas été quittées par leur conjoint au moment de la grossesse, et certaines ont même eu recours à des PMA. Pourquoi, alors, regrettent-elles ce nouveau rôle, pourtant vendu comme l’idéal de vie de toute femme hétérosexuelle ?

Perte de son individualité

Le décalage entre les attentes de ces femmes et la réalité de la vie de mère est le premier facteur de regret maternel. La maternité apparaît comme un accomplissement, une étape de vie naturelle dans une société

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel
Portrait 13 mai 2026 abonné·es

De l’enfer carcéral au théâtre, la renaissance de Redwane Rajel

Le comédien de 51 ans raconte son parcours de vie accidenté dans un seul en scène salué par ses pairs. Son histoire est celle d’un homme qui s’est reconstruit grâce à la scène, découverte en prison à la faveur des permissions de sortie et des activités culturelles.
Par Hugo Forquès
Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »
Reportage 12 mai 2026 abonné·es

Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »

La polémique autour de l’ouverture d’un Master Poulet à Saint-Ouen, contestée par le maire Karim Bouamrane (PS), a charrié des enjeux à l’intersection entre classe sociale, racisme et géographie de territoire. Un sujet qui résonne à L’Après M, restaurant solidaire dans les quartiers nord de Marseille.
Par Zoé Cottin
Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir
Loi 12 mai 2026 abonné·es

Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir

Les parlementaires ont voté contre l’article sur lequel reposait « l’assistance médicale à mourir », une version plus restrictive du texte adopté à l’Assemblée nationale. Laquelle sera, dorénavant, seul maître à bord du texte.
Par Hugo Boursier
Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte
Parti pris 11 mai 2026

Des hymnes à Pétain aux néonazis dans la rue : le long week-end de la honte

Toute la fin de la semaine, le Rassemblement national et les groupuscules d’extrême droite ont donné à voir leur réécriture dangereuse et génocidaire de l’histoire. Dans leurs villes ou dans la rue, leur haine explicite n’a fait que souligner la compromission des autorités.
Par Olivier Doubre