Libres de ne pas être mères ? 

Cinquante ans après la loi Veil, l’injonction à la maternité pèse toujours sur les femmes. Mais ce contrôle des ventres ne les touche pas toutes de la même façon.

Pauline Migevant  • 15 novembre 2024 abonné·es
Libres de ne pas être mères ? 
© Louise Moulin

« C’est simple : à 40 ans, madame fera une crise existentielle et heureusement que la science sera là pour l’aider à faire un enfant », commente un homme. « Une femme qui ne veut pas d’enfants, il y a un bug dans la matrice, l’ingénierie sociale a pris le dessus sur la biologie », estime un autre. Les commentaires ont été publiés sous un poste Instagram de la journaliste Salomé Saqué.

Invitée le 11 octobre 2023 au micro de France Inter, elle avait exprimé ne pas vouloir d’enfant. Une semaine plus tard, au même micro, l’astronaute Thomas Pesquet avait formulé un souhait similaire, sans susciter autant de commentaires négatifs. Une séquence révélatrice de l’injonction qui pèse toujours sur les femmes à devenir mère.

En 2017, les chercheuses Zoë Dubus et Yvonne Knibiehler ont mené une étude par questionnaire sur les « childfree », c’est-à-dire les personnes revendiquant la non-parentalité. Sur les 737 participants à l’étude, 90 % des femmes avaient subi des remarques désobligeantes sur leur choix. Des remarques reçues, par près d’un quart de ces femmes, dès qu’elles en parlaient, tandis que 46 % des hommes, eux, n’en avaient jamais reçu.

Les femmes qui ne veulent pas d’enfant continuent d’entendre qu’elles sont égoïstes.

B. Zourli

« Les femmes subissent encore une injonction à être mère », estime la militante féministe Bettina Zourli, autrice de l’essai Le Temps du choix (Payot, 2024) et créatrice du compte Instagram @Jeneveuxpasdenfant, suivi par près de 65 000 personnes. « On ne peut pas dire qu’il y a un libre choix aujourd’hui alors que les femmes qui ne veulent pas d’enfant continuent d’entendre qu’elles sont égoïstes, qu’elles n’ont pas trouvé la bonne personne ou qu’elles se soustraient à leur rôle naturel. »

Une remise en cause qu’a connue la journaliste Laurène Lévy. « J’ai 31 ans et je sais depuis plus de dix ans que je ne veux pas d’enfant et que je ne changerai pas d’avis », raconte-t-elle dans son essai Mes Trompes, mon choix ! (Le Passager clandestin, 2022). Elle envisage alors une ligature des trompes, méthode de contraception définitive autorisée en France depuis 2001. « Je tâte le terrain auprès de ma gynécologue de l’époque et m’entends rétorquer : “Vous êtes un peu jeune pour ça.” ».

« Décourager, infantiliser, moquer les personnes qui demandent une stérilisation, en particulier si ces personnes sont des femmes, est monnaie courante dans les cabinets médicaux », écrit-elle dans cet ouvrage qui revient sur l’histoire de la stérilisation. Une pratique pouvant permettre de « se libérer d’une injonction à la parentalité » mais qui « dérange » encore.

Cette pression

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