« Revue du Crieur », la fin d’un beau pari

L’originale revue coéditée par Mediapart et La Découverte publie son ultime livraison après dix ans d’existence, avec un beau dossier sur la tragédie en cours à Gaza. C’est aussi une nouvelle publication sur papier qui disparaît, rappelant les difficultés de ces acteurs importants du débat intellectuel.

Olivier Doubre  • 27 novembre 2024 abonné·es
« Revue du Crieur », la fin d’un beau pari

Ses « enquêtes sur les idées et la culture », comme son sous-titre le précise, auront été, depuis exactement dix ans, de précieuses ressources pour penser notre monde contemporain, ses affres et autres tentations autoritaires. La Revue du crieur, fruit d’une collaboration entre les éditions La Découverte et Mediapart, publie aujourd’hui son vingt-cinquième – et ultime – numéro en cette fin novembre 2024.

Elle l’annonce en ouverture par un titre reprenant son intitulé, avec un triste passé composé : « Et j’ai crié. » La référence au tube de Christophe, vieux d’un demi-siècle, qui nous revient tout de suite en tête, est certes amusante, mais sonne aussi comme une fin en noir et blanc. Voire en rase campagne.

On regrettera en tout cas cette Revue du crieur, au vu de la qualité de sa dernière livraison. En phase avec l’actualité, elle annonce en couverture un dossier consacré à « la solitude de Gaza », qui s’ouvre avec un foudroyant article de Mona Chollet rappelant la cruauté de l’offensive israélienne sur la toute petite « bande » de Gaza et ses plus de deux millions d’habitants qui y sont entassés, enfermés, affamés et assoiffés, périssant sous les gravats de leurs habitations écroulées sous les bombes de Tsahal.

Le carnage et la conscience tranquille

Le titre de ce dossier rappelle celui de l’éditorial – célèbre – de Lucio Magri dans le tout premier numéro d’Il Manifesto, revue créée par des intellectuels de l’aile gauche du Parti communiste italien (PCI) : « Praga è sola » [« Prague est seule »]. Ces communistes hétérodoxes transalpins exprimaient là leur désarroi devant l’écrasement du Printemps de Prague par les chars soviétiques à partir du 21 août 1968. Éditorial qui entraîna leur radiation quelques mois plus tard du PCI. Il Manifesto est depuis devenu le quotidien de la gauche critique italienne, qui perdure aujourd’hui, non sans difficultés économiques.

Mais, sans vouloir comparer les violences commises sur une échelle de l’horreur, la situation à Gaza est sans aucun doute bien pire que celle des Praguois à l’été 1968. Dans son article « Petit traité de déshumanisation des Palestiniens. Comment

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