Censuré par la gauche et le RN, le court bail de Michel Barnier prend fin
Le chef du gouvernement a multiplié les concessions faites au RN en ignorant la gauche. Présenté comme un négociateur hors pair par la macronie, l’homme de droite a perdu son pari.

© Alain Jocard / AFP
20 h 26. La sentence vient de tomber ce mercredi 4 décembre. « En raison de l’adoption de la motion de censure et conformément à l’article 50 de la Constitution, le premier ministre doit remettre au président de la République la démission du gouvernement », déclare la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet. Grondements dans l’hémicycle. Michel Barnier est déchu. La motion de censure du Nouveau Front populaire (NFP) est adoptée à 331 voix par l’Assemblée nationale. Le Palais Bourbon désavoue ainsi le Premier ministre de 73 ans.
Nommé par Emmanuel Macron le 5 septembre, il devient le chef de gouvernement au mandat le plus court de l’histoire de la Ve République. Il aura tenu 89 jours. Une parenthèse dans l’histoire. Quelques secondes après l’annonce du jugement, Michel Barnier, au premier rang, se lève, adresse quelques regards aux députés du « socle commun » et de la Droite républicaine qui l’applaudissent, avant de partir. La nuit est tombée.
Aujourd’hui, nous sonnons le glas d’un mandat, celui du président.
É. CoquerelSans majorité à l’Assemblée nationale, le chef de gouvernement à l’assise politique la plus fragile de ces 60 dernières années n’a pas réussi à se sauver. Malgré ses multiples mains tendues au Rassemblement national (RN) : suppression de la surtaxe sur l’électricité, baisse du remboursement des médicaments, annonce d’une réforme de l’aide médicale d’État (AME) et de nouvelles mesures pour lutter contre l’immigration illégale…
Le Savoyard a multiplié les concessions. En vain. Le RN en a voulu toujours plus. De ce fait, le locataire de Matignon n’avait qu’une seule voie devant lui : le déclenchement de l’article 49.3 pour passer en force son projet de loi de financement de la Sécurité sociale au Parlement. Une décision entraînant le dépôt de deux motions de censure. L’une défendue par le NFP, l’autre par le RN.
Présenté comme un négociateur hors-pair par la macronie au moment de sa nomination, l’homme qui a dealé le Brexit au nom de l’Union européenne n’a pas réussi le même exploit en France. Issu d’une formation, les Républicains (LR), minoritaire au Parlement et n’ayant pas fait appel au front républicain en juin dernier, sa nomination à la tête du gouvernement était un contresens politique, une manœuvre pour ne pas se confronter aux résultats des législatives au soir du 7 juillet qui ont placé l’alliance des gauches en tête. Les équilibres parlementaires ont aujourd'hui parlé.
"Cette malédiction, c'est l'illégitimité"Retour quelques heures plus tôt. À la tribune de
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