« Chromakopia », la psyché du rap
Le nouvel album de Tyler, The Creator est une plongée dans la psychologie d’un rappeur tourmenté.
dans l’hebdo N° 1839 Acheter ce numéro

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Le 10 février 2011, le clip de « Yonkers », deuxième single du rappeur Tyler, The Creator, est diffusé sur le site de son collectif, Odd Future. Filmé en noir et blanc, on y découvre le rappeur seul, assis sur un tabouret. Le visage juvénile, une moue sympathique, il joue avec un cafard qu’il laisse ramper sur ses bras et ses mains avant de le croquer. Puis, il se lève, vomit, rappe à nouveau, essuie les gouttes de sang qui coulent de son nez, place une corde à son cou et se pend. Envolée de violence saisissante, le tabouret flanche et le clip s’achève dans la torpeur avec les pieds du rappeur remuant dans le vide jusqu’à devenir immobiles, simulant sa mort, en direct.
Les arrangements et le texte, très agressifs – Tyler, The Creator se revendiquait alors comme représentant du genre horrorcore –, oscillent entre l’égotrip d’un artiste n’hésitant pas à s’attaquer avec virulence à certains musiciens commerciaux des scènes hip-hop et R’n’B – Bruno Mars en prend pour son grade – et le récit de la dépression dévastatrice qui l’accompagne sans cesse et qui, ici, le pousse au suicide.
Sur YouTube, la diffusion du clip est aujourd’hui précédée d’un avertissement invitant les spectateurs à prendre connaissance de la nature suicidaire du contenu avant de le regarder. À sa sortie, Kanye West qui, au-delà de ses frasques scandaleuses, a lui aussi rappé à de nombreuses reprises son mal-être, l’avait salué comme le « meilleur clip de l’année ».
Mal-êtreComme Tylor, The Creator, Kanye West, Kendrick Lamar, mais aussi Rapsody, qui, il y a quelques semaines, en concert au Trabendo à Paris, expliquait comment la dépression l’avait éloignée des scènes internationales, n’hésitent pas à évoquer dans leurs textes leurs troubles psychologiques et à faire de ceux-ci un motif introspectif.
Kanye West raconte dans son album « Ye » sa bipolarité, qu’il aime à considérer comme un superpouvoir. Kendrick Lamar, dans Mr. Morale and the Big Steppers, parle de sa thérapie. Dans « Yonkers », Tyler, the Creator louait les talents d’écoute de son psychologue, lequel deviendrait bientôt un personnage récurrent de son album Bastard sous le nom de Dr. TC.
Bipolarité, dépression, souffrances au quotidien ne relèvent bien sûr pas des mêmes mécanismes psychiques, mais force est de constater que, depuis une quinzaine d’années, le rap est devenu le témoin du mal-être d’une génération qui navigue avec douleur dans les affres de la célébrité, de la violence des quartiers dont elle est parfois
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