« Désarmer Bolloré », nouvelle convergence des luttes antifascistes

La campagne, initiée par plusieurs dizaines d’organisations, vise à encourager un « nouveau front antifasciste » face à la montée de l’extrême droite en France. Des actions ont lieu en France, depuis le 29 janvier et jusqu’au 2 février, et ont vocation à continuer dans les mois à venir.

Vanina Delmas  • 31 janvier 2025 abonné·es
« Désarmer Bolloré », nouvelle convergence des luttes antifascistes
© Création : Maxime Sirvins

Une pieuvre. C'est l'image qui colle à la peau de l'empire Bolloré pour prendre conscience de son omnipotence dans les sphères industrielles, politiques, médiatiques, financières... Aujourd’hui, le groupe Bolloré, c'est une multitude de filiales et de branches : la communication et les médias avec Vivendi et Universal, l'industrie avec Bolloré Energy, l'agriculture avec la Socfin en Afrique et en Asie, mais c'est aussi l'automatisation du contrôle d’accès, de la « gestion des flux et des frontières » avec Automatic Systems et Easier, la sécurisation de l’espace public avec Indestat, le conseil en numérique au service de la ville connectée avec Polyconseil...

Une omniprésence pour façonner la société selon les idées de l'extrême droite. Des organisations antifascistes, écolos, antiracistes, féministes ont décidé, elles aussi, de déployer leurs tentacules autant que possible sur tout le territoire, pour contrer les ambitions du milliardaire qui construit et façonne son empire depuis des décennies. Du 29 janvier au 2 février, la campagne « Désarmer Bolloré » veut ainsi rendre visible la bataille de civilisation qui se joue dans l'Hexagone.

Le tourbillon d'émotions ressentis à gauche au moment de la dissolution de l'Assemblée nationale en juin dernier, puis dans l'entre-deux tours des élections législatives, a incité des organisations à se réunir, notamment celles et ceux qui préparaient les mobilisations du Village de l'eau contre les mégabassines. Leur obsession : comment faire rempart à l'extrême droite tout en poursuivant les mobilisations et les luttes de terrain ? Se concentrer sur Vincent Bolloré et son empire a fait consensus.

Le lien est évident entre ses bénéfices industriels et la mise en œuvre d'une mission qu'il qualifie de civilisationnelle.

Paula

« Le groupe Bolloré a des sièges, des usines, des noms, des lieux sur tout le territoire, qu'on peut cibler facilement, et le lien est évident entre ses bénéfices industriels et la mise en œuvre d'une mission qu'il qualifie de civilisationnelle, fondée sur la montée de l'extrême droite en France, raconte Paula*, membre de la coordination de la campagne "Désarmer Bolloré". "L'idée de la campagne contre Bolloré est née comme un nouveau front antifasciste, totalement connecté aux préoccupations initiales des Soulèvements de la Terre que sont la lutte contre l'artificialisation et l'accaparement des terres et de l'eau."

L'ampleur de l'empire

Le premier appel à « désarmer l'empire Bolloré », signé par 150 organisations écologistes, féministes, antiracistes et des syndicats, incitait, en premier lieu, à mener l'enquête pour révéler l'ampleur de l'empire. Des cellules d'enquêtes ont été créées, composées de militant·es, de journalistes et d'organisations ayant l'habitude d'enquêter sur ces sujets comme Oxfam, Attac, l'Observatoire des multinationales. Trois pôles ont vu le jour : le pôle médiatique, celui de l'industrie et la filière agricole, avec dans le viseur la Socfin, dont Bolloré  est le second actionnaire.

Une cartographie collaborative de l'empire industriel et médiatique de Bolloré est toujours en cours de construction. Des rencontres ont permis de sceller des alliances entre diverses sphères militantes, que ce soit les Soulèvements de la Terre, les collectifs antifa, le mouvement climat, les libraires indépendants, les syndicats d'enseignants, de la presse, de la culture...

Les dernières élections ont bien montré à quel point Bolloré avait eu une influence sur l'opinion publique.

C. Converset--Doré

« Les dernières élections ont bien montré à quel point Bolloré avait eu une influence sur l'opinion publique, et ses médias véhiculent en permanence des idées racistes, coloniales, sexistes, climatosceptiques. Une parole carbofasciste qui prône des solutions à rebours de l'urgence climatique, avec l’objectif de détourner l'opinion publique de ces questions là, au profit de sujets identitaires afin que les intérêts d'entreprises, qu'on peut qualifier de criminelles climatiques, puissent continuer leurs activités », commente Clem Converset--Doré, porte-parole d'Action Justice Climat Paris (ex-Alternatiba Paris).

Une des affiches de "Désarmer Bolloré", disponible sur le site de la campagne.

Le mouvement écolo, qui était aux avant-postes des mobilisations pour le climat, a décidé en avril 2024 de rompre avec le réseau national, afin de réorienter sa stratégie et de lier davantage lutte contre le changement climatique et contre l’extrême droite. Cibler l'empire Bolloré était donc une évidence pour lui aussi. Les forces vives étant de plus en plus nombreuses et motivées, le passage à l'action pouvait commencer.

Point de bascule

En juillet 2024, Action Justice Climat Paris organise une cérémonie devant l'Arcom pour remettre les "Toutous d’or" à Cyril Hanouna et Pascal Praud, stars des chaînes C8 et Cnews, détenues par Bolloré, au moment où l'attribution d’un canal TNT à C8

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Société
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