Les femmes noires dans l’ombre des sciences sociales ?

Un recueil collectif redonne leur place dans l’histoire de la vie politique française à ces citoyennes considérées comme « exogènes » car non blanches.

Olivier Doubre  • 8 janvier 2025 abonné·es
Les femmes noires dans l’ombre des sciences sociales ?
Le 3 mars 1975, manifestation de Mahorais souhaitant demeurer français.
© AFP

Depuis le terrible passage du cyclone Chido, on parle de Mayotte – même si l’île faisait déjà parler d’elle en raison des arrivées massives de ressortissants de l’archipel voisin des Comores, l’une des dernières colonies françaises à avoir accédé à l’indépendance, en 1975. Dictature islamiste violente et corrompue, extrêmement pauvre, les Comores maintiennent une organisation politique locale fondée sur les droits coutumier et musulman, avec des conseils composés par les anciens des villages.

Mayotte, lors du référendum sur l’indépendance organisé en 1975, fut la seule île à vouloir rester française, l’ancienne puissance coloniale étant évidemment ravie de conserver un territoire dans le détroit du Mozambique. Mais la caractéristique de l’issue de ce référendum est que celle-ci fut pour une grande part la conséquence d’un mouvement de femmes mahoraises, les Chatouilleuses, qui militaient depuis les années 1960 pour demeurer françaises.

Ce mouvement, a priori paradoxal car semblant vouloir faire perdurer la situation coloniale, exprimait en fait le refus de l’inféodation de Mayotte aux autres îles des Comores, qui signifiait, selon lui, un « retour à l’ordre précolonial ».

C’est là un exemple assez unique « d’un idéal féministe bien différent des positions anticoloniales et des inclinaisons panafricaines de mouvements féminins formés dans les années 1960 », comme le souligne Mamaye Idriss, historienne à l’université de Mayotte. Et celle-ci de poursuivre : « Isolées sur la scène internationale, [ces femmes] disposent néanmoins d’une véritable aura à Mayotte, où elles sont considérées comme les dépositaires de l’identité mahoraise ainsi que les artisanes des évolutions politiques qu’a connues l’île en cette dernière moitié du XXe siècle. »

Il peut paraître étonnant que des femmes d’un territoire colonisé par la France (depuis 1841) se mobilisent pour la perpétuation de la présence de l’ancienne puissance coloniale – ce qui ne peut que nous interroger, nous, la gauche anticolonialiste. Mais il faut comprendre qu’en fait ces Chatouilleuses mahoraises « se sont attaquées simultanément aux inégalités socioraciales et de genre prévalant dans l’archipel des Comores avant la colonisation française ». Et s’engagent d’abord en faveur de l’égalité juridique entre hommes et femmes, avec le droit de vote accordé aux femmes en France en 1946, mais aussi pour le modèle d’instruction français, « voie nouvelle d’ascension sociale ».

Surtout, on voit avec cette mobilisation un exemple de « femmes non blanches » s’inscrivant dans la vie politique française et comme « partie intégrante de la nation française », alors qu’elles sont

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