La jeunesse états-unienne étranglée par ses dettes médicales
Tout juste investi, Donald Trump a marqué sa volonté de restreindre l’aide publique pour l’accès à une couverture santé. Or des millions de jeunes actifs croulent sous les créances. Deux mois après l’assassinat du PDG d’une compagnie d’assurances par Luigi Mangione, trois citoyens de son âge, entre 20 et 30 ans, témoignent de leurs difficultés.
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© Regard Brut
La vie de Chelsea Foster a basculé un banal soir de printemps. Le 4 mai 2024 à minuit, la jeune femme alors âgée de 30 ans sort ses poubelles devant son domicile à Atlanta (Géorgie). Faute d’éclairage suffisant, elle dérape, chute et se fracture la jambe. Après plusieurs heures d’appel à l’aide, une ambulance débarque sur les lieux.
Chelsea est opérée en urgence pendant une heure. Les factures suivent : 145 000 dollars notifiés à son assurance santé privée. 126 000 pour l’opération ; plus de 1 800 pour le premier transport en ambulance ; 4 000 pour un second (1) – « pour seulement quelques kilomètres », soupire Chelsea. Le reste à charge pour la jeune femme s’élève à 16 500 dollars. Une somme impossible à payer pour cette entrepreneuse indépendante, spécialisée dans la vente de vêtements et d’objets vintage. Elle décide de gérer sa rééducation seule, chez elle, pendant des mois, pour éviter les frais supplémentaires.
La principale raison pour laquelle je n’ai payé aucune facture est tout simplement que j’en suis incapable.
C. FosterMais les courriers de relance s’accumulent. « J’aimerais faire disparaître ce problème. J’aimerais ne plus être harcelée. Mais la principale raison pour laquelle je n’ai payé aucune facture est tout simplement que j’en suis incapable, confie la jeune femme. En revanche, je continue à payer ma cotisation d’assurance maladie tous les mois. » Du fait de ses maigres revenus, à peine au-dessus du seuil de pauvreté, Chelsea bénéficie de l’Affordable Care Act (ACA), cette loi surnommée « Obamacare », promulguée en 2010.
L’assurance de Chelsea, Cigna, aurait dû lui coûter 467 dollars par mois. Grâce à l’Obamacare, le gouvernement fédéral y contribue à hauteur de 450 dollars, auquels Chelsea ajoute 17 dollars. Des millions d’États-Uniens ont pu accéder à une couverture santé grâce à l’ACA.
Or, dès le premier jour de son investiture, le 20 janvier, Donald Trump, qui n’a jamais caché sa vive opposition à l’Obamacare, a annulé des décrets pris sous l’administration Biden pour une meilleure prise en charge des soins. Entre autres, un décret qui prolongeait de douze semaines le délai au cours duquel les citoyens peuvent s’inscrire à l’ACA a été supprimé. « Dieu sait ce que nous ferons si Les Républicains suppriment l’Obamacare », s’inquiète Chelsea.
Car de nombreux jeunes, travailleurs précaires, ne parviennent toujours pas à accéder à une couverture santé. Seules deux assurances financées par le public existent : Medicare, réservé aux citoyens de plus de 65 ans et à des profils restreints de citoyens en incapacité de travailler ; et Medicaid, réservé aux personnes à très faibles ressources, mais également affaibli par Trump le 20 janvier.
Tu t’engages dans une procédure de soins et tu te retrouves avec des frais imprévus.
ErinUn ami de Chelsea, blessé par une voiture il y a dix ans, a suivi des mois de réadaptation après plusieurs semaines de coma. Contrairement à Chelsea, il n’était pas assuré. Sa dette médicale s’élève aujourd’hui à plus de trois millions de dollars. « Il va vivre avec cela pour le restant de sa vie », s’attriste-t-elle.
« Un système opaque »Pour ces citoyens endettés, difficile de contester leur situation. « La documentation de ces assurances contient des pages et des pages détaillant les raisons pour lesquelles certains frais sont couverts et d’autres non. Il est impossible pour une personne lambda d’en comprendre toutes les subtilités », estime
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