21 avril 2002, la gauche traumatisée par le séisme Le Pen

L’accession au second tour de la présidentielle du candidat d’extrême droite a eu un impact durable sur la vie politique française. Une plaie béante à gauche.

Lucas Sarafian  • 8 janvier 2025 abonné·es
21 avril 2002, la gauche traumatisée par le séisme Le Pen
Des sympathisants PS, le 21 avril 2002 à l'Atelier de campagne de Lionel Jospin à Paris.
© Philippe DESMAZES / AFP

Le cauchemar qui vient. Au soir du dimanche 21 avril 2002, premier tour de la présidentielle, les Verts organisent leur soirée électorale au Trianon, célèbre théâtre parisien reconverti en salle de concert situé au pied de la butte Montmartre, entre Pigalle et Barbès dans le 18e arrondissement de la capitale.

Dans la voiture devant le mener à la salle de spectacle, Noël Mamère, le candidat écolo désigné pour remplacer Alain Lipietz évincé à la suite d’une sortie médiatique controversée - il a défendu l’amnistie pour les détenus nationalistes corses -, est accompagné par son épouse et des officiers du GIGN : il est menacé depuis quelques semaines à cause de ses positions pro palestiniennes. « Les renseignements qui m’ont été donnés par Jean-Luc Bennahmias, mon directeur de campagne, m'indiquent que j’allais atteindre les 5 %. Il était à peu près 18 h 30. La menace de Le Pen courait mais ce n’était pas encore confirmé », raconte Noël Mamère.

Quand je suis entré dans la salle du Trianon, tous les militants n'étaient pas encore au courant de ce séisme. Moi, je le savais.

N. Mamère

Sur le trajet, le candidat est suivi par des journalistes à moto. L’un d'eux frappe à la vitre de la voiture. « Il me dit : 'Le Pen au deuxième tour.' » Le journaliste vient de lire un sondage confirmant tous les autres. La situation est irréversible : Jean-Marie Le Pen se qualifiera officiellement au second tour de la présidentielle dans quelques minutes.

Le candidat qui a été appelé par le mouvement néofasciste Ordre nouveau (ON) pour mettre sur pied le Front national (FN) censé rassembler toutes les chapelles de l’extrême droite française, l’ancien poujadiste, l’ex-para qui a torturé en Algérie, l’homme aux sorties rances, antisémites, racistes et négationnistes, l’homme du "point de détail de l’histoire" pour évoquer les chambres à gaz, affrontera Jacques Chirac, le président sortant.

« Quand je suis entré dans la salle du Trianon, tous les militants n'étaient pas encore au courant de ce séisme. Moi, je le savais, se remémore l’écologiste. Je me suis donc réfugié dans l’une des loges du théâtre pour rédiger un communiqué appelant à faire barrage à Le Pen. Et pour faire barrage, il n’y avait pas d’autre choix que d'appeler à voter Chirac parce qu’il ne fallait pas que Le Pen fasse un point de plus entre le premier et le deuxième tour. »

"Un moment qui augurait des jours encore plus sombres"

À 20 heures, le résultat vient de tomber. Jacques Chirac, candidat sortant avec l’étiquette du Rassemblement pour la République (RPR) obtient 19,88 %. Derrière, Jean-Marie Le Pen se place haut, très haut. Avec 16,86 %, il double Lionel Jospin, premier ministre disqualifié après cinq années de gouvernement. Seulement 194 600 voix séparent le socialiste du nationaliste. Devant les caméras, Noël Mamère est le premier candidat à

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