Ferrand au Conseil constitutionnel : Macron peut (encore) dire merci à Le Pen

Les dessous du deal entre Richard Ferrand et Marine Le Pen pour sauver le président de la République.

Nils Wilcke  • 19 février 2025 abonné·es
Ferrand au Conseil constitutionnel : Macron peut (encore) dire merci à Le Pen
Marine Le Pen lors d'une de ses réceptions à l'Élysée par Emmanuel Macron.
© Ludovic MARIN / POOL / AFP

Emmanuel Macron peut souffler. À la surprise générale, le Rassemblement national (RN) a permis à son candidat au Conseil constitutionnel, Richard Ferrand, d’échapper à la censure du Parlement. Jusqu’au bout, le parti de Marine Le Pen a fait durer le suspense sur cette nomination. Mais les 16 députés RN commissionnaires ont tombé le masque au moment du vote ce mercredi 19 février en s’abstenant. Ce qui équivalait en réalité à soutenir le candidat d’Emmanuel Macron car il fallait que, sur les 122 députés et sénateurs des commissions des Lois des deux chambres, 74 votent contre.

Au final, 39 parlementaires ont voté pour sa nomination contre 58, alors que 59 oppositions étaient requises pour atteindre la majorité de blocage fixée aux 3/5e des suffrages exprimés. Il aurait suffi d'une seule voix pour rejeter le candidat de l'Élysée. C’est aussi un beau cadeau fait au président de la République car un échec lui aurait coûté ce qui lui reste de crédit politique, déjà bien abîmé par la dissolution ratée l’été dernier.

Le RN dément avoir passé un marché avec Richard Ferrand ou Emmanuel Macron mais avance une explication tout aussi inquiétante. En cas de victoire en 2027, le parti de Marine Le Pen prévoit de faire passer une nouvelle loi sur l'immigration via un référendum, comme le rappelle le député Matthias Renault sur X. Or, la Constitution l'interdit formellement. Un "stress test" à venir pour les "Sages"? (1)

https://twitter.com/MatthiasRN/status/1892191828503326954 Un deal entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron ?

« Une candidature au Conseil constitutionnel rejetée aurait été une première et un véritable camouflet » pour le chef de l’État, confirme le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier à Politis. « M. Ferrand va devenir président du Conseil constitutionnel malgré une désapprobation massive des parlementaires et la bénédiction de l’extrême droite », ajoute le juriste. De quoi alimenter les soupçons d’un « pacte secret » entre ce dernier et Marine Le Pen, comme le dénonce la présidente du groupe des députés LFI à l’Assemblée, Mathilde Panot. Une théorie reprise par la droite : « Tout ça sent très fort le deal secret entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen », soutient lui aussi le député LR Olivier Marleix.

« On a évidemment envie de penser aux prochaines décisions que doit prendre le Conseil constitutionnel. Je rappelle qu’il y a une question prioritaire de constitutionnalité pour savoir si Marine Le Pen sera ou pas inéligible », poursuit l’élu de droite. Une référence aux déboires judiciaires de la patronne des députés RN, poursuivie avec 24 autres personnes notamment pour détournements de fonds publics, complicité et recel de fonds publics, dans l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen.

Ferrand a fait savoir à Le Pen qu'il désapprouvait que le RN n'ait pas obtenu de vice-présidences à l'Assemblée.

Un macroniste

L’élue du Pas-de-Calais joue rien de moins que son avenir politique : le parquet a notamment a requis une peine de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Si le tribunal tranche en ce sens le 31 mars, Marine Le Pen ne

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