Métissage, fluctuations identitaires

La politiste canadienne Maïka Sondarjee revient sur ses origines multiples pour louer l’importance du métissage et de la mixité culturelle. Un plaidoyer pour une « pensée frontalière » – et une réponse puissante aux impasses de l’extrême droite.

Olivier Doubre  • 5 février 2025 abonné·es
Métissage, fluctuations identitaires
© Lorenzo De Simone / AGF / AFP

Qui suis-je ? Où vais-je ? Et surtout, d’où je viens ? Les questions sur sa propre identité, que chacun se pose légitimement, sinon naturellement, sont aussi renvoyées, en une sorte de miroir, par le regard et les interrogations que les autres, nos semblables, nos voisins, nous adressent régulièrement. Contrairement aux idioties proférées par l’extrême droite, l’identité n’est jamais fixe, jamais figée ou monolithique. Elle est sans cesse une évolution, fluctuant au gré des ressentis, des époques, des lieux, des saisons, des frontières. Dans une sorte d’illustration d’une « pensée frontalière », où les frontières ne sont pas celles qui divisent, mais celles qui unissent.

Politiste, professeure agrégée à l’université d’Ottawa et collaboratrice régulière au grand quotidien québécois Le Devoir, Maïka Sondarjee interroge, à partir de sa propre histoire familiale et personnelle, ce que représentent la mixité et le métissage. Et comment les questions sur sa généalogie transnationales et postcoloniale sont parmi les plus fréquentes qu’on lui pose depuis sa plus tendre enfance. Car sa propre histoire personnelle et familiale est un parangon de la mixité, ou plutôt du métissage. Issue d’une famille catholique canadienne-française par sa mère et d’une famille musulmane malgache d’origine indienne par son père, Maïka Sondarjee est d’abord une Canadienne francophone à la peau « colorée », à qui on demande souvent : « Tu viens d’où ? »

La réponse ne tient pas en un mot ou deux ! Car elle est « la fille de l’océan Indien et de l’Atlantique, du canal du Mozambique et du Saint-Laurent », dont une partie de la famille provient du Gujarat, État de l’ouest de l’Inde à majorité musulmane, mais minorité dans cet immense pays du sous-continent. Au gré des escales sur la côte orientale d’Afrique, elle s’arrêta un beau jour à Madagascar, colonie française au système d’une brutalité inouïe, et y construisit sa vie.

Après plusieurs décennies, le chef de famille s’exila au Canada, au début des années 1970. Mais Maïka Sondarjee est d’abord une Karana, terme désignant les descendants d’Asie du Sud, pour beaucoup musulmans indiens, installés sur la « grande île », la plupart au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Ils avaient dû quitter la pauvreté indienne pour refaire leur vie et tenter leur chance quelque part de l’autre côté de l’océan Indien, devenant le plus souvent de dynamiques petits commerçants.

Le lieu d'où l’on vient et celui où

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 7 minutes

Pour aller plus loin…

Écrire « après » : une philosophie révolutionnaire
Idées 3 avril 2026 abonné·es

Écrire « après » : une philosophie révolutionnaire

Yuna Visentin retrace l’histoire des pensées juives pour affirmer leur force dans les luttes pour l’émancipation humaine et l’égalité. En premier lieu à l’égard du peuple palestinien.
Par Olivier Doubre
« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »
Entretien 1 avril 2026 abonné·es

« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »

Dans la bande dessinée En quête de liberté, coécrite avec la journaliste Gaële Joly, la jeune femme de 26 ans forcée à rejoindre Daech à 15 ans raconte son parcours. Un témoignage inédit qui souligne les impensés de la justice et de la politique française en matière de rapatriement des familles parties en Syrie.
Par Salomé Dionisi et Olivier Doubre
« Pour la Maison Blanche, la guerre devient un jeu qui tourne en dérision la mort de l’ennemi »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Pour la Maison Blanche, la guerre devient un jeu qui tourne en dérision la mort de l’ennemi »

Les images de guerre ont radicalement changé de nature. W. J. T. Mitchell, l’un des grands théoriciens américains des visual studies, décrypte les politiques de l’image qui anesthésient et pourquoi certaines résistent encore aux instrumentalisations.
Par Juliette Heinzlef
Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment
Essai 25 mars 2026 abonné·es

Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment

Le sociologue Alexis Spire interroge la défiance croissante des gouvernés vis-à-vis de l’État et des politiques de protection sociale, soumises aux attaques des politiques néolibérales.
Par Olivier Doubre