Métissage, fluctuations identitaires
La politiste canadienne Maïka Sondarjee revient sur ses origines multiples pour louer l’importance du métissage et de la mixité culturelle. Un plaidoyer pour une « pensée frontalière » – et une réponse puissante aux impasses de l’extrême droite.
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Qui suis-je ? Où vais-je ? Et surtout, d’où je viens ? Les questions sur sa propre identité, que chacun se pose légitimement, sinon naturellement, sont aussi renvoyées, en une sorte de miroir, par le regard et les interrogations que les autres, nos semblables, nos voisins, nous adressent régulièrement. Contrairement aux idioties proférées par l’extrême droite, l’identité n’est jamais fixe, jamais figée ou monolithique. Elle est sans cesse une évolution, fluctuant au gré des ressentis, des époques, des lieux, des saisons, des frontières. Dans une sorte d’illustration d’une « pensée frontalière », où les frontières ne sont pas celles qui divisent, mais celles qui unissent.
Politiste, professeure agrégée à l’université d’Ottawa et collaboratrice régulière au grand quotidien québécois Le Devoir, Maïka Sondarjee interroge, à partir de sa propre histoire familiale et personnelle, ce que représentent la mixité et le métissage. Et comment les questions sur sa généalogie transnationales et postcoloniale sont parmi les plus fréquentes qu’on lui pose depuis sa plus tendre enfance. Car sa propre histoire personnelle et familiale est un parangon de la mixité, ou plutôt du métissage. Issue d’une famille catholique canadienne-française par sa mère et d’une famille musulmane malgache d’origine indienne par son père, Maïka Sondarjee est d’abord une Canadienne francophone à la peau « colorée », à qui on demande souvent : « Tu viens d’où ? »
La réponse ne tient pas en un mot ou deux ! Car elle est « la fille de l’océan Indien et de l’Atlantique, du canal du Mozambique et du Saint-Laurent », dont une partie de la famille provient du Gujarat, État de l’ouest de l’Inde à majorité musulmane, mais minorité dans cet immense pays du sous-continent. Au gré des escales sur la côte orientale d’Afrique, elle s’arrêta un beau jour à Madagascar, colonie française au système d’une brutalité inouïe, et y construisit sa vie.
Après plusieurs décennies, le chef de famille s’exila au Canada, au début des années 1970. Mais Maïka Sondarjee est d’abord une Karana, terme désignant les descendants d’Asie du Sud, pour beaucoup musulmans indiens, installés sur la « grande île », la plupart au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Ils avaient dû quitter la pauvreté indienne pour refaire leur vie et tenter leur chance quelque part de l’autre côté de l’océan Indien, devenant le plus souvent de dynamiques petits commerçants.
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