Sur le chantier de l’Opéra royal du château de Versailles, « des intérimaires envoyés à la mort »

Ce lundi 10 février s’ouvre à Versailles un procès historique. Près de 16 ans après la grave intoxication au plomb de plusieurs intérimaires sur le chantier de restauration de l’Opéra royal du Château de Versailles, quatre entreprises et six personnes physiques sont notamment accusées de blessures involontaires et de mise en danger d’autrui.

Pierre Jequier-Zalc  • 6 février 2025 abonné·es
Sur le chantier de l’Opéra royal du château de Versailles, « des intérimaires envoyés à la mort »
L'Opéra royal du château de Versailles, au moment de la réouverture de ses portes le 21 septembre 2009, après une rénovation de deux ans. Il fut inauguré en 1770.
© MARTIN BUREAU / AFP

« Nous sommes encore au temps du Roi Soleil qui sacrifiait la plèbe sur l’autel de sa magnificence et de celle de son château. » Claudia Andrieu ne mâche pas ses mots quand elle raconte ce qui est arrivé à son mari, Didier Andrieu, menuisier intérimaire, gravement intoxiqué au plomb sur le chantier de restauration de l’Opéra royal du Château de Versailles.

C’est notamment du fait de la persévérance de ce couple, qu’enfin, près de 16 ans après les faits, un procès s’ouvre ce lundi 10 février au tribunal de Versailles pour blessures involontaires avec incapacité totale de travail (ITT) supérieure à trois mois par violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence dans le cadre du travail, mise en danger d'autrui et subornation de témoin.

Et comment ne pas lui donner raison quand on regarde le tableau dressé par le très volumineux dossier d’instruction de ce marathon judiciaire ? Des entreprises, spécialisées dans la restauration des monuments historiques, un établissement public rattaché au ministère de la Culture, de nombreuses personnalités qualifiées, tous accusés de négligence, de mise en danger, de manquement manifeste.

Ainsi, Frédéric Didier, architecte en chef du château de Versailles, n’est quasiment jamais cité dans ce scandale. Toujours en poste malgré sa mise en examen, il a notamment déclaré aux enquêteurs qu’« au vu de l’étendue du chantier, la question du plomb était secondaire (sic) ». Drôle de manière d’aborder la protection des salariés.

Même constat pour François Asselin, président, pendant 10 ans, de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Pourtant, ces deux personnalités risquent 3 ans d’emprisonnement. Ils sont présumés innocents. Contactés, ni Frédéric Didier, ni François Asselin n’ont souhaité répondre à nos questions. Ce deuxième nous a assuré qu’il « réserverai[t] [s]es réponses au Tribunal comme cela se doit en matière pénale ».

"Vie en péril"

Mais revenons au début de cette histoire. En février 2009, s’ouvre un chantier de restauration historique, celui du célèbre Opéra royal du château de Versailles. Il s’agit alors de refaire les boiseries, les vitrages, les fenêtres, changer les lambris afin de redonner son éclat d’antan à cette salle historique. Le château a alors délégué la maîtrise d’ouvrage de ce chantier à l'établissement public de maîtrise d'ouvrage des travaux culturels (Emoc), aujourd’hui connu sous le nom d’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la Culture (Oppic).

Logiquement, la société Asselin, éponyme du nom de son patron, François Asselin, spécialisée dans la restauration du patrimoine depuis 1957, est choisie pour s’occuper de toute la partie concernant le bois – sa spécialité. D’autant plus logique que c’est déjà cette société qui se charge de toute une

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