Agression néonazie à Paris : un rassemblement pour exprimer la colère et organiser la lutte

Après l’attaque de militants de l’organisation Young Struggle par une vingtaine de militants d’extrême droite dimanche soir, un millier de personnes s’est réuni le 17 février dans le 10e arrondissement parisien, pour témoigner sa solidarité et appeler à une réaction.

Pauline Migevant  et  Élise Leclercq  • 18 février 2025 abonné·es
Agression néonazie à Paris : un rassemblement pour exprimer la colère et organiser la lutte
Rassemblement antifasciste à Paris, le 17 février 2025, à la gare de l'Est, suite à l'attaque de Young Struggle par des groupes d'extrême droite.
© Maxime Sirvins

Ils étaient près d’un millier hier soir, lundi 17 février, rassemblés à Paris après l’attaque, la veille, de militants de Young Struggle. Dimanche 16 février, cette organisation de jeunesse internationaliste et socialiste de la diaspora kurde et turque avait prévu de diffuser le film Z, de Costa Gravas, sur la deuxième vague du fascisme en Grèce. La soirée devait avoir lieu dans les locaux de l’Actit, l'association culturelle des travailleurs immigrés de Turquie.

Une vingtaine de militants d’extrême droite néonazis ont fait irruption dans le local, habillés en noir et munis de bâtons, tessons de bouteille et d’au moins un couteau. Selon Libération, ils ont laissé derrière eux des stickers : « KOP veille », une référence au KOP de Boulogne, un groupe de hooligans parisiens d’extrême droite. « Paris est nazi ! », « Lyon est aussi nazi », avaient-ils scandé. Une personne a dû être hospitalisée après un coup de couteau. Une manifestation spontanée a eu lieu juste après l’attaque. Hier, 6 militants d’extrême droite ont été interpellés et une enquête a été ouverte pour “tentative d’homicide involontaire”.

La communauté kurde ciblée depuis 2013

Vers 18 heures, le lendemain, les personnes rassemblées dans le froid expriment leur solidarité et leur colère. Les militants de l’Actit, tout comme ceux de Young Struggle, brandissent des drapeaux derrière une banderole blanche « levez-vous, résistez, combattez les fascistes ». « Paris, Paris antifa », scandent-ils dans le froid avant d’écouter les discours.

Ce n’est pas contre n’importe qui. Ce sont des travailleurs immigrés.

« Nous invitons la jeunesse à rejoindre la lutte antifasciste », déclare un militant en préambule. « Nous ne tolérerons pas les attaques racistes, anti immigrées en Europe ». « Quel choc hier soir ! », s’insurge un militant de la CGT. "Une attaque contre qui ? Contre des gens qui organisaient dans un lieu pacifique une soirée ciné débat consacrée aux dangers de l’extrême droite. Ce n’est pas anodin, c’est ultra-violent. Et ce n’est pas contre n’importe qui. Ce sont des travailleurs immigrés. »

Environ un millier de personnes s'est rassemblé à Paris, à gare de l'Est, le 17 février. (Toutes photos : Maxime Sirvins.)

Dans les discours qui s’enchaînent, le souvenir des attaques passées contre la communauté kurde dans le 10e arrondissement. Un militant, engagé dans des réseaux de solidarité au sein du quartier, lit un texte signé par plusieurs organisations et alerte : « L’extrême droite qui a assassiné il y a deux ans les révolutionnaires kurdes cible cette fois la jeunesse antifasciste ». « Pas de quartiers pour les fachos, pas de fachos dans nos quartiers », entend-on sur la place.

Parmi les quelques députés et élus présents, un élu du 10e arrondissement veut rappeler « toutes les attaques contre les Kurdes et les Turcs depuis 2013. Quand le parquet n’est pas saisi, oui, il y a de nouvelles attaques. » En janvier 2013, trois militantes kurdes avaient été tuées dans Paris, rue Lafayette. Depuis, l'instruction est toujours entravée par le "secret-défense".

"Submersion de ratonnades"

Au cœur des prises de parole, les militants ont éprouvé la nécessité de rappeler le lien entre ces groupuscules et l’extrême droite partisane. « Ce qui s’est déroulé hier fait partie de la stratégie de l'extrême droite : d’un côté Marine le Pen qu’on nous présente comme soi-disant sympathique qui aime les chats et de l’autre les nervis d’hier. Il y en a qui sèment la terreur dans les rues et d’autres qui ramassent le gain dans les urnes », déclare Dominique Sopo, président de SOS Racisme, dont les militants avaient été tabassés lors du meeting d’Eric Zemmour à Villepinte en 2021, par les Zouaves, un groupuscule d’extrême droite. « Par ailleurs, les ‘submersions de ratonnades’, comme à Romans-sur-Isère, a-t-il ajouté, n’ont jamais été condamnées par des gens qui sont ministres aujourd’hui ».

« Les fascistes sont repartis en laissant des stickers du KOP et du GUD historiquement proche de l’extrême

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