Le grand tournant de l’Allemagne face à la menace russe
Choqués par un potentiel lâchage de l’allié américain, nos voisins d’Outre-Rhin balancent entre volontarisme et panique. À l’image du parti de gauche Die Linke, qui se débat dans ses contradictions.
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© OMER MESSINGER / Getty Images / AFP
"Sommes-nous prêts pour une guerre ?" C’est la question que se posent les politiciens en Allemagne depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les ambitions territoriales de Vladimir Poutine sur les pays baltes. Mais ce sujet est devenu crucial avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. La volte-face du président américain en matière de politique étrangère suscite un choc sans précédent chez nos voisins Outre-Rhin. La suspension de l’aide américaine à l’Ukraine, après l’humiliation publique infligée au président Volodymyr Zelensky dans le bureau ovale, le 28 février, a ôté aux politiciens allemands les dernières illusions qu’ils nourrissaient sur leur ancien allié historique.
Désormais, à peine un Allemand sur six voit toujours dans les États-Unis « un partenaire de confiance pour le pays », selon un sondage réalisé par l’institut Infratest dimap pour la chaîne publique ARD. Une semaine avant, déjà, le leader du parti conservateur (CDU/CSU) Friedrich Merz, qui devrait devenir le prochain chancelier, avait appelé l’Allemagne à devenir « indépendante » des États-Unis sur la chaîne ZDF.
« Je n’aurais jamais pensé déclarer cela dans une émission télévisée », confiait cet ancien atlantiste zélé, stupéfiant ses concitoyens. Friedrich Merz insiste sur la nécessité pour l’Allemagne (et l’Europe) de se préparer « au pire des scénarios » – comprendre un lâchage de l’allié américain – en créant « une défense autonome ». Du jamais vu dans ce pays encore marqué par sa tradition antimilitariste héritée du cataclysme qu’a représenté la Seconde Guerre mondiale.
On ne sait même pas si l’Otan existera encore dans deux semaines, alors…
Une fois n’est pas coutume, la classe politique allemande semble au diapason de la société, qui balance entre volontarisme et panique. Il suffit d’interroger les Allemands dans la rue pour s’en rendre compte. « C’est flippant ce qui se passe », affirme Tobias, 40 ans, ingénieur, qui habite à Lahr, une ville moyenne située dans le district de Fribourg. Ce futur papa – sa femme est enceinte de huit mois – a déjà fait un stock de conserves alimentaires dans sa cave et entreposé des produits de première nécessité. « Des médicaments de base, du savon et surtout du papier-toilette », ajoute Tobias, en souriant.
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