« La science est la meilleure alliée des luttes pour la santé environnementale »
Nadine Lauverjat et François Veillerette, la déléguée générale et le porte-parole de l’association Générations futures, se battent pour articuler santé, écologie, alimentation et agriculture saine. Au fil des années, ils ont œuvré à rendre visibles les victimes de pesticides et à contrer la désinformation.
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© Maxime Sirvins
Nadine Lauverjat est déléguée générale de l’association Générations futures. Auparavant, elle a travaillé dans une association de recherche thérapeutique sur le cancer et a été administratrice d’Inf’OGM et du Réseau environnement santé. François Veillerette est porte-parole de l’association Générations futures, chargé des questions politiques et scientifiques. Il a fondé l’association avec l’ingénieur agronome Georges Toutain, en 1996. Il a cofondé le Réseau environnement santé et a été président du réseau européen Pesticide Action Network Europe pendant dix ans.
La loi contre les polluants éternels, aussi appelés Pfas (1), a été adoptée fin février. Est-ce le signe que l’écologie et le principe de précaution gagnent du terrain ?
François Veillerette : C’est surtout le signe que le lobby des Pfas est moins bien organisé que le lobby de l’agriculture… pour le moment ! D’ailleurs, ceux qui étaient organisés ont gagné, comme Tefal, qui n’est pas concerné par la loi votée. Et puis cela ne fait pas si longtemps que la bataille contre les Pfas a commencé en France, donc l’industrie n’a pas encore enclenché de processus d’adaptation, contrairement au lobby agricole. La différence avec l’agriculture, c’est que les champs français ne peuvent pas être déménagés à l’étranger, contrairement aux usines.
Nadine Lauverjat : Plusieurs facteurs ont été déterminants pour cette victoire : les relais d’opinion politiques étaient moins puissants que dans le monde agricole et la mobilisation citoyenne a été très puissante et rapide, notamment sur les réseaux sociaux et des influenceurs. De plus, le député Nicolas Thierry [du groupe Écologiste et social], qui portait cette proposition de loi, a su trouver des alliances transpartisanes. Il y a dix ans, le sénateur Joël Labbé [Groupe écologiste-Solidarité et territoires] avait fait la même chose pour faire passer la loi interdisant l’utilisation de produits phytosanitaires par les personnes publiques et les particuliers. Je pense que c’est la bonne méthode à adopter en matière de santé publique. Pour preuve, la loi contre les Pfas a obtenu près de 80 % des votes.
Des entreprises productrices de Pfas ont annoncé leur fermeture : Solvay, à Salindres (Gard), et Chemours, à Villers-Saint-Paul (Oise). Le dossier des Pfas est-il emblématique des défis qui nous attendent sur les liens entre écologie et industrie ?
N. L. : Dès les annonces de fermeture d’usine, nous avons communiqué pour dénoncer l’attitude des industriels et soutenir les salariés. En tant qu’écologistes, nous devons être très clairs là-dessus : il est inacceptable que des industriels rejettent dans l’environnement des polluants et qu’ensuite ils s’en aillent sans prendre en charge la dépollution. En même temps, le chantage à l’emploi est indéfendable et destructeur. Certains politiques ont dit que c’était de la faute de Générations futures si ces sites ferment, mais ce n’est pas du tout repris par les travailleurs, qui ont bien conscience de la problématique générée par l’entreprise. On demandait du suivi, de la transparence et des réductions de rejets !
La science est-elle un rempart face aux pressions des lobbys ?
F. V. : Le volet scientifique fait partie de l’ADN de Générations futures puisque le fondateur principal, Georges Toutain, était un ingénieur de l’Institut national de l’agronomie (Inra). Il m’a toujours dit qu’il fallait fournir des données précises sur les pesticides, les perturbateurs endocriniens, car, sans argument scientifique, nos campagnes ne vaudraient rien. Ces dernières années, nous avons engagé une toxicologue, une pharmacienne et une ingénieure chimiste, car la science est la meilleure alliée des luttes pour la santé environnementale ! Avoir des études scientifiques solides est nécessaire, mais pas suffisant si la science réglementaire ne les prend pas en compte.
Il faut débusquer les incohérences réglementaires pour rester à la hauteur dans le rapport de force.
F.V.Par exemple, pour l’exposition des riverains aux pesticides : le document guide de l’Efsa, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, estime qu’un enfant de 14 ans pèse 60 kg. C’est leur norme alors que, dans la réalité, tous les enfants de 14 ans ne pèsent pas ce poids, loin de là, donc on sous-estime leur exposition. Il faut débusquer ce genre d’incohérences réglementaires pour rester à la hauteur dans le rapport de force, car lorsque les firmes chimiques perdent un peu de terrain sur le plan politique et législatif, elles mettent tout en œuvre pour les réintroduire via
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